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1 octobre 2018

L’heure d’été peut nous sauver d’un blackout en hiver

A propos de l’auteur:  Alex Polfliet est expert en matière d’énergie et porte-parole de Zero Emission Solutions.

Auteur
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Elia, gestionnaire du réseau de transport d’électricité, craint pour cet hiver une pénurie d’électricité. Non seulement en novembre, mais aussi pour le reste de l’hiver. Même maintenant que notre ministre de l’Énergie, Marie-Christine Marghem (MR), a « trouvé » comme par miracle 750 mégawatts supplémentaires, il nous en manque encore au moins mille. Voici donc cinq idées à appliquer immédiatement pour trouver plus de 1 000 mégawatts.

Mais avant tout, parlons technique : ces trois dernières années, le pic quotidien atteint par le réseau belge d’électricité en hiver a été de 13 500 MW. Ce pic, nous l’avons toujours atteint en soirée, entre 18 et 19 heures, alors que les entreprises tournent encore, que les magasins sont ouverts, qu’il faut éclairer les rues et que les ménages allument la lumière et utilisent leurs appareils électroménagers, et éventuellement leur chauffage électrique. Compte tenu de l’indisponibilité des centrales nucléaires, de la capacité maximale d’importer du courant et de la disponibilité d’autres installations de production, il nous manquera encore 1 000 MW selon Elia.

Au départ, on a tenté de relativiser. Mais mardi passé, on a vraiment commencé à paniquer. Pourquoi ? C’est très simple : ce matin-là, on importait 5 000 MW de l’étranger, mais au cours de la journée, la quantité a chuté à 3 500 MW parce que pour pouvoir importer de l’électricité de France et des Pays-Bas (les deux seuls pays reliés directement à notre réseau), il faut que ces pays soient en situation de surproduction. Et en France, de nombreuses centrales nucléaires sont aussi à l’arrêt. Il y a donc fort à craindre que par une froide soirée d’hiver, à 18h00, il n’y ait même pas 3 500 MW d’électricité étrangère à notre disposition. En effet, on sait qu’en France et aux Pays-Bas, le pic de consommation d’électricité tombe au même moment que chez nous.

Garder l’heure d’été

Une mesure, bizarre à première vue mais facile à exécuter, consisterait à garder en hiver l’heure d’été, tandis que nos voisins, eux, passeraient à l’heure d’hiver. Cette mesure ne provoquerait aucune économie d’énergie, mais elle permettrait à notre pays de connaître des pics une heure plus tôt que nos voisins, ce qui nous permettrait d’importer davantage d’électricité. La capacité virtuellement gagnée serait de plus de 397 MW (moyenne de ces trois dernières années). Maintenant que l’UE autorise ses États-membres à décider eux-mêmes de passer à l’heure d’hiver ou non, la mesure n’est même plus aussi absurde qu’elle en a l’air. Puis, à situation extraordinaire, solutions extraordinaires.

Deuxième mesure : éteindre l’éclairage des rues entre 18 et 20 heures. Économies réalisées à l’échelle du pays : 255 MW.

Autre option, arrêter totalement la circulation des trains pendant les heures cruciales. Cette solution nous fournirait environ 500 MW. C’est drastique, mais priver des provinces entières de courant comme le prévoit le plan de délestage l’est encore plus.

Quatrième mesure possible : l’instauration, pour les entreprises, de tarifs plus élevés pendant les pics, avec une facturation – et des relevés de la consommation – au quart d’heure. Les entreprises paient déjà un tarif spécial pendant les pics, en fonction du pic maximum qu’ils consomment sur le réseau. À l’époque du marché captif (avant la libéralisation), il existait déjà des tarifs spéciaux pour les pics, entre 17 et 20 heures, ce qui poussait les entreprises à faire des économies d’énergie pendant le pic de soirée, en mettant par exemple les compresseurs à l’arrêt.

La ministre de l’Énergie, Mme Marghem, a suggéré cette semaine de refaire passer la TVA sur l’électricité de 21 à 6 % afin de compenser la hausse du prix de l’électricité. Il serait pourtant bien plus intelligent d’utiliser le budget prévu pour cette mesure à une diminution drastique des tarifs de nuit afin d’encourager les particuliers à n’allumer leurs appareils électriques qu’après le pic de soirée.

En dépit du fait qu’aujourd’hui, la différence de tarif entre le jour et la nuit soit très réduite, nous voyons que la consommation d’électricité augmente de 100 MW au moment du passage à l’heure du tarif de nuit. Il doit donc être possible de déplacer la consommation de 100 MW supplémentaires de l’heure de pic à l’heure du tarif de nuit. Et finalement, pourquoi ne pas introduire un tarif réduit vers midi, quand on produit davantage d’énergie solaire ?

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