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Le masque obligatoire, entre torture et punition

Photo illustrative (cc) Pixabay

3 juillet 2020

Le masque obligatoire, entre torture et punition

Marc Reugebrink est un auteur, poète et essayiste néerlandais, vivant depuis plusieurs années en Flandre.

Temps de lecture: 2 minutes

Ça y est, j’en suis (presque) sûr : le port du masque est une atteinte aux droits humains ! Lors d’un trajet en train de plus de huit heures et demie entre Gand et Berlin (la Deutsche Bahn n’est plus ce qu’elle était), le précieux dispositif s’est très vite transformé en instrument de torture. Je me suis dit qu’à côté, le waterboarding et les techniques d’interrogatoire de la CIA devaient être de la gnognote. Pour échapper à mon supplice, j’ai n’ai eu d’autre choix que de vider ma bouteille d’eau à petites gorgées (sans masque) et à me rendre à intervalles réguliers aux toilettes ; lieu qui constitue d’ailleurs – comme chacun le sait – une autre atteinte aux droits de l’homme. Car s’il est un endroit dans un train où le masque buccal s’impose, c’est bien celui-là. 

Lorsque je suis contraint de porter un masque, je suis envahi par une forme de vexation. À Berlin, il est obligatoire dans les commerces. Il m’arrive hélas souvent d’entrer dans les magasins à visage découvert, mais n’y voyez aucun esprit de rébellion, je suis juste tête en l’air. Si je devais porter un chapeau, ce serait pareil : je l’oublierais tout le temps. Non, l’envie de me révolter ne me prend vraiment que lorsque quelqu’un me prie de le mettre. Je n’ai pas envie, je m’agace. Je finis par plier, mais contre mon gré.

« Outrage à ma dignité »

Sur Facebook, je me surprends à lire avec une certaine avidité les publications de gens qui prétendent que le masque buccal augmente le risque de contamination. L’hypothèse serait soutenue par – je cite – des « centaines » de médecins. Ces gens sont généralement les mêmes que ceux qui adhèrent à toutes sortes de théories du complot. Perso, je ne suis pas de ce bord-là. Mais je veux encore bien croire qu’inhaler mon propre CO2 est nuisible à ma santé, quoi qu’en disent ces 487 médecins sur le site du magazine Knack dans leur lettre ouverte vantant les mérites du port du masque. 

Il n’en reste que le port du masque est bel et bien une punition. J’en veux pour preuve le ton de la menace employé par Maggie De Block (Open VLD), qui envisage de l’imposer dans tous les commerces en cas de recrudescence de la pandémie. On veut nous museler, nous bâillonner. La première étape vers la déshumanisation. Nous réduire au silence. J’y vois un outrage à ma dignité. 

Mais je prends surtout conscience que je suis moi-même atteint d’un profond désir de liberté, de préférence aux dépens d’autrui. Le masque ne sert pas tant à me protéger moi, mais plutôt à les protéger eux, à supposer que je sois contaminé. 

« Une attaque à ma chair »

Ces derniers temps, on a beaucoup discuté et surtout rêvé d’un autre monde, post-covid-19. « Du musst dein Leben ändern », écrivait le poète Rilke, « tu dois changer ta vie ». Ils sont nombreux à être convaincus que la pandémie est une conséquence directe de notre mode de vie irréfléchi. Je ne fais pas figure d’exception à la règle : je suis même l’un des premiers à critiquer la politique néolibérale, où la liberté est régie par la loi du plus fort. À mes yeux, c’est un scandale, une infamie. 

Et pourtant, le moindre geste, un petit désagrément pour le bien-être des autres, et je le vis comme une attaque dans ma chair. Je n’ose imaginer ma réaction lorsque viendront les mesures destinées à contrer le changement climatique…

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