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La démocratie participative en Belgique, une fausse bonne idée

Crédit: MetsikGarden via Pixabay

24·11·20

La démocratie participative en Belgique, une fausse bonne idée

Temps de lecture : 3 minutes
Maxime Kinique
Traducteur⸱trice Maxime Kinique

J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle à vous annoncer. En ces temps bien sombres, commençons par la bonne ! Notre pays a tremblé sur ses bases cette année, avec une interminable période (près de 500 jours !) sans gouvernement fédéral. Et lorsque le coronavirus a fait irruption dans nos vies, pas moins de neuf sommités, dont chacune est compétente pour une petite parcelle de notre santé publique, sont montées au créneau. Oui, vous avez bien lu : neuf ministres de la santé ! Cet état de fait a au moins eu le mérite d’amener plusieurs politiciens, ainsi que notre nouveau gouvernement, à réaliser que notre État a besoin d’un remaniement. Le constat est clair : notre pays a besoin de réformes.

La note de politique commune – pourtant guère épaisse vu qu’elle ne comporte que 11 pages – des deux ministres compétents, Annelies Verlinden et David Clarinval, s’est longtemps fait attendre. Beaucoup trop longtemps, même. On peut aisément imaginer que l’accouchement n’a pas été une sinécure. Réconcilier le CD&V et le MR ne l’est pas davantage. Pendant qu’au nord, les chrétiens-démocrates ne parlent que de régionalisation, au sud, les réformateurs rêvent d’une Belgique unitaire. Mais bon, c’est la politique.

Place à présent à la mauvaise nouvelle : avant même d’avoir trempé un orteil dans les eaux communautaires, le nouveau gouvernement fait déjà marche arrière, par crainte de l’eau froide. On fait grand cas de cabinets de citoyens ou de panels où des citoyens, des académiciens et des experts tirés au sort peuvent donner leur avis à propos de l’état de notre pays. Une plateforme de concertation en plus ou en moins, cela n’émeut plus personne aujourd’hui, mais une initiative telle que celle-là est très tendance pour impliquer davantage « les citoyens désabusés par la politique » dans la gestion de la chose publique. Qui serait contre l’idée d’avoir davantage son mot à dire ? Pas nous en tout cas, et c’est précisément la raison pour laquelle nous n’attendons pas grand-chose de bon de ces panels citoyens dans ce drôle de pays qu’est le nôtre.

Contrairement à un panel citoyen, vous pouvez –encore heureux !- sanctionner un homme politique qui vous a déçu en ne votant plus pour lui aux élections suivantes.

Car ni vous, ni moi n’avons voté pour Jean, Anne-Marie et Mohammed, dont le nom est sorti de la boite. Jean, Anne-Marie et Mohammed ont-ils seulement le temps et l’envie de jouer le jeu de la participation citoyenne ? Et quid si ce n’est pas le cas ? Le citoyen qui se sent concerné par la démocratie n’a pas plus le droit de participer à la gestion de la vie publique que celui qui s’en fiche éperdument. Pour plus d’égalité dans notre pays, il faudra trouver autre chose. Qui plus est, nous fonctionnons déjà de cette manière. Car que sont nos hommes et femmes politiques, si ce n’est des citoyens tirés au sort pour s’occuper des différentes facettes de la vie en société ? La seule différence, c’est que contrairement à un panel citoyen, vous pouvez –encore heureux !- sanctionner un homme politique qui vous a déçu en ne votant plus pour lui aux élections suivantes. Tous les 5 ans, dans l’isoloir, vous pouvez choisir de noircir ou pas la case devant son nom : c’est l’essence même de notre démocratie.

Un tel panel de citoyens aurait à tout le moins le mérite de mettre fin aux manoeuvres en coulisses des présidents de parti, comme l’affirme Kristof Calvo ? Et si ce panel professe un slogan tel que « plus de Flandre, moins de Belgique », les Verts s’y résoudront-ils ? On peut légitimement se poser la question, et il en irait de même avec le slogan inverse (« moins de Belgique, plus de Flandre ») vis-à-vis du CD&V. Bref, cela ne ferait pas avancer le schmilblick, bien au contraire. Rien ne dit, en outre, que mélanger experts et citoyens permettrait d’obtenir un beau produit fini. Comment justifier, enfin, que l’on sollicite l’avis d’un travailleur lambda et pas celui des partis nécessaires à la constitution d’une majorité des deux tiers ?

Calvo a cependant le mérite de mettre le doigt là où ça fait mal. Cela fait un bon moment que le Parlement a les ailes atrophiées. Sous le gouvernement Wilmès et lors du superkern des présidents de parti, la Chambre a été muselée, et ce alors que la crise battait son plein et que des mesures exceptionnelles étaient prises. La logique « majorité contre opposition » montre aussi ses limites. Ces dernières semaines, quatre députés issus de divers partis sont montés au créneau pour dénoncer le fait que le Parlement ne leur offre pas suffisamment de latitude pour agir et faire bouger les choses.

C’est là que le bât blesse aujourd’hui. Et c’est ce qui explique pourquoi participer à la vie démocratique prend trop souvent des airs de capitulation.

 

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