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Homophobie : quand la Belgique prend des airs de Tchétchénie

(cc) Pixabay

10·03·21

Homophobie : quand la Belgique prend des airs de Tchétchénie

Roman Van Houtven, danseur et acteur, exprime son indignation après le meurtre d’un homosexuel à Beveren. Vu l’enracinement profond de l’intolérance dans la société, ce ne sont pas les tweets indignés qui suffiront à faire bouger les lignes.

Temps de lecture : 3 minutes
Roman Van Houtven
Auteur⸱e
Guilhem Lejeune
Traducteur⸱trice Guilhem Lejeune

Il y a quelques jours, j’ai regardé le documentaire Welcome to Chechnya, sur la chasse aux sorcières et le génocide dont fait l’objet la communauté LGBTQIA+ en Tchétchénie et en Russie. Ces témoignages m’ont rendu malade et mis en colère, mais ils m’ont aussi donné l’envie de me battre.

Hier, j’ai lu qu’en Belgique, un homme avait été attiré dans un parc puis assassiné, vraisemblablement en raison de son orientation sexuelle. Ce documentaire, qui m’a retourné et autour duquel je souhaitais créer une prise de conscience, exposait soudain une réalité qui ne m’était plus si lointaine.

Le film montre qu’en Tchétchénie, le traquenard consistant à aguicher des hommes en leur donnant rendez-vous via une application de rencontres est monnaie courante. C’est assurément la même tactique qui a été employée le week-end dernier à Beveren. Aussi abominable, choquant, indigne et attristant que cela puisse être, une petite voix en moi m’a dit, avec un brin de cynisme, qu’il n’y avait pas de quoi s’étonner.

L’acceptation n’est qu’une façade

Quand j’entends l’argument éculé selon lequel nous, les membres de la communauté LGBTQIA+, vivons bien dans notre pays, puisque nous avons les mêmes droits que nos amis hétérosexuels, ce qui place la Belgique à l’avant-garde au niveau international, je lève les yeux au ciel. Après tout, nous nous en sortons bien, il n’y a donc pas de quoi se plaindre. Sérieusement ? Remettons les pendules à l’heure : bénéficier des mêmes droits fondamentaux et être traités sur un pied d’égalité, ce n’est pas la même chose.

Derrière la façade des apparences et de l’acceptation se cachent des tendances et des mentalités que l’on ne saurait ignorer. Pourquoi, il y a quelques semaines, la police n’a-t-elle pas cru le couple gay qui s’est dit victime d’une agression homophobe dans le train ? Pourquoi, l’été dernier, a-t-il été possible qu’un groupe de discussion rassemblant 600 membres appelle au massacre des homosexuels ? Pourquoi certains de mes amis se sont-ils fait interpeller, insulter et tabasser dans la rue ? Pourquoi entend-on encore le mot « tapette » sur les terrains de sport lorsqu’un joueur de l’autre camp rate son coup ? Pourquoi des célébrités de la télévision cherchent-elles à faire rire le public en imitant la voix et les gestes du « gay cliché » ? Pourquoi nous, les membres de la communauté, sommes-nous si habitués à surveiller nos arrières lorsque nous rentrons à la maison en soirée, même dans les rues bien éclairées ? Et pourquoi, le week-end dernier, un homme innocent a-t-il été assassiné ?

Je n’ai pas de réponses. L’intolérance profondément enracinée, la haine aveugle, les moqueries inconscientes ou même l’ignorance involontaire, tout cela ne changera pas du jour au lendemain. L’évolution se fera — espérons-le — étape par étape. En forçant les autorités à regarder la réalité en face et en exigeant qu’elles agissent. Et par « changement », j’entends des mesures concrètes. Il ne suffit pas de défiler dans une Pride par sympathie pour un groupe d’électeurs potentiels ou d’étaler son indignation sur Twitter après un incident qui fait la une des journaux.

Le changement se fera aussi en informant et en sensibilisant la population, encore et encore, sans relâche. En faisant preuve de vigilance et de critique à l’égard des messages — et de leurs auteurs — qui remettent en cause l’inclusion. En privant de tribune et de relais toutes les inepties radicales, xénophobes et homophobes. En se demandant comment on peut, à son modeste niveau, apporter sa pierre à l’édifice. En prêchant l’amour pour tous.

Dans la rue, on me dévisage

Je reviens d’une petite balade dans l’artère commerçante de ma ville. J’étais habillé simplement : un jean, un sweat à capuche et une casquette. Une tenue plutôt passe-partout, mais je portais aussi des bottes de cow-boy vintage. J’ai remarqué, comme à chaque fois que je mets un vêtement qui s’écarte de la norme, que certains regards s’arrêtaient sur moi. Des personnes m’ont dévisagé et ont rigolé, tout ça pour une bête paire de chaussures. D’habitude, je roule des yeux, agacé, puis je poursuis mon chemin. Mais aujourd’hui, j’ai ressenti autre chose. Une sorte d’inquiétude. Que cachent ces regards ? Qu’est-ce qui traverse l’esprit de ceux qui désapprouvent ma tenue, qui réprouvent la personne que je suis ?

Il se trame quelque chose dans la tête d’une grande partie de nos concitoyens. Quelque chose qui oriente leurs faits et gestes et qui pourrait être amené à s’exprimer avec un dénouement tragique. À l’instar de l’événement survenu à Beveren le week-end dernier. Je ne suis pas un prophète de malheur et ne me laisserai jamais guider par la peur, mais aujourd’hui, je me suis demandé, pour la première fois : « Et si c’était moi, le suivant ? » Une question que laisse transparaître le regard de ma mère quand je lui dis que je vais faire la fête avec des amis. Cette inquiétude, j’aimerais pouvoir m’en débarrasser. Un jour.

Faites circuler le message. Si vous avez une heure et demie devant vous, profitez-en pour regarder le documentaire Welcome to Chechnya, disponible gratuitement sur vrt.nu. Et soyez bienveillants envers vos semblables. C’est le plus important.

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