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13 novembre 2017

Harcèlement: la VRT montre l’exemple et sacrifie une figure phare

Jeudi dernier, le service public flamand de radio et télévision a annoncé qu’il mettait fin immédiatement à sa collaboration de 30 ans avec son réalisateur de télévision Bart De Pauw, à la suite de diverses plaintes pour comportements présumés déplacés. Le CEO de la VRT, Paul Lembrechts, a souligné que la décision n’a pas été prise à la légère. Plusieurs femmes se seraient plaintes d’avances amoureuses qui ont dégénéré en harcèlement.

Bart Eeckhout
Auteur
Traducteur Maxime Kinique

Harvey Weinstein est un prédateur sexuel qui a utilisé sa position dominante à Hollywood pour mettre en place un circuit où il pouvait, presque à sa guise, intimider des jeunes femmes ou les pousser à avoir des relations sexuelles avec lui. Il a également profité de cette position de force afin d’engager des détectives privés chargés de dénicher des témoins potentiels et de tenter de les obliger à se taire.

Dans la foulée des révélations relatives aux cochonneries de Weinstein, des hommes occupant une position élevée ont, partout dans le monde, y compris maintenant en Flandre, été appelés à se justifier parce qu’ils avaient intimidé sexuellement des femmes mais également de jeunes hommes. Quand les faits n’étaient pas plus graves encore…

Il y a plusieurs degrés d’intimidation sexuelle. Chaque homme cité dans une affaire de ce genre n’est pas par définition un Harvey Weinstein. Ce constat s’applique également à Bart De Pauw, ce qui n’empêche pas qu’il y ait de bonnes raisons de supposer que la chaîne publique n’a pas pris à la légère sa décision de mettre un terme à sa collaboration avec lui.

Lorsqu’un collaborateur fait l’objet de plusieurs témoignages crédibles dénonçant une mauvaise conduite à répétition, il met l’organisation pour laquelle il travaille devant un dilemme. Si cette dernière met fin à la collaboration, elle risque de se voir reprocher par l’opinion publique d’avoir condamné son collaborateur sans procès et si elle ne le fait pas, le signal qu’elle envoie aux victimes est qu’elle ne donne pas suite aux plaintes.

Lorsque les plaintes se révèlent sérieuses, il est sage de respecter le point de vue des victimes. C’est cette voie-là que la VRT a décidé d’emprunter.

D’autres leçons peuvent être tirées de la politique adoptée par la chaîne publique. La décision est intervenue après que la VRT a lancé un appel afin de dénoncer d’éventuels comportements de harcèlement dans la foulée de l’élan mondial de témoignages #MeToo.

Organiser un point de contact pour les victimes – pas un service en ligne, dès lors – s’avère être une bonne idée. Cela contribue à ce que davantage de victimes témoignent au sujet de choses à propos desquelles elles ont souvent longtemps gardé le silence, tout en permettant de faire discrètement le tri entre les ragots et la réalité. En tant qu’entreprise publique, la VRT a un rôle d’exemple à jouer mais il est indéniable que d’autres organisations et entreprises auraient elles aussi tout intérêt à mettre en place une « hotline » fiable.

Et puis, disons-le franchement, ce qui vaut manifestement pour des secteurs comme le divertissement et les médias doit également s’appliquer, par exemple, à l’armée, à la politique ou au monde du sport, des milieux où certains hommes ont visiblement encore du mal à comprendre que les temps ont bel et bien changé et que nous vivons désormais à une époque où l’opinion publique est en droit d’attendre que l’égalité de traitement entre les hommes et les femmes soit respectée non seulement dans les mots mais également dans les actes, y compris et surtout dans les relations hiérarchiques.

La mise en place d’un point de contact tel que celui de la VRT est peut-être une leçon utile que la société peut tirer de ces histoires douloureuses. Une leçon plus utile, en tout cas, que l’érection d’un pilori pour les uns et l’organisation d’une chasse aux sorcières visant leurs éventuels successeurs dans la rubrique « intimidateurs sexuels ».

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