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Gouvernement De Croo: avant de critiquer, laissons une chance à l’optimisme

Crédit: Gino Crescoli de Pixabay

1 octobre 2020

Gouvernement De Croo: avant de critiquer, laissons une chance à l’optimisme

Temps de lecture: 3 minutes
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Après six mois de crise sanitaire et près de 500 jours à la recherche d’un gouvernement, il y a un mot qu’on a failli oublier : optimisme. Depuis tout ce temps, quiconque l’utilisait était taxé de naïveté. Bien entendu, notre quotidien ne manquera pas d’analyser scrupuleusement et de manière critique les actions du nouveau gouvernement. Mais nous souhaitons d’emblée à cette équipe qu’elle réussisse. Nous espérons qu’elle réalisera ce que le premier ministre Alexander De Croo a promis dans son premier discours : « Cet accord constitue le point de départ d’une politique où l’on se respecte davantage et où l’on respecte les autres opinions. L’agressivité n’a jamais aidé qui que ce soit à progresser. » L’optimisme en politique a beau être naïf, il est de loin préférable au cynisme, comme l’a malheureusement démontré le débat présidentiel aux États-Unis.

Le talent permet de gagner des matches, le travail d’équipe permet de gagner le championnat.

Cette coalition bigarrée ne remportera certes pas de concours de beauté. Elle rassemble trop de partis différents, dont certains ont subi un fameux revers électoral. Elle ne dispose pas de majorité du côté flamand. Et son programme ressemble davantage à un buffet d’hôtel – on y trouve un peu de tout – qu’à un renouveau de notre régime politique. De Croo n’a d’ailleurs pas écarté cette critique : « Je comprends le scepticisme de nombreuses personnes, qui attendent de voir avant d’y croire. Je respecte cela. » Mais il y a bien plus que les 84 pages de l’accord de gouvernement : nous avons un premier ministre en chair et en os, et il communique clairement dans les deux langues du pays. Cela peut sembler évident, mais les présentations Powerpoint de Sophie Wilmès (MR) ont illustré que ce n’était pas le cas, et que ces qualités pouvaient s’avérer indispensables en pleine crise du coronavirus. Optimisme donc.

Loin des citations de généraux romains, De Croo a préféré recourir s’inspirer de la légende du basket-ball Michael Jordan : « Le talent permet de gagner des matches, le travail d’équipe permet de gagner le championnat. » Espérons que chaque membre de ce nouveau gouvernement sera obligé d’accrocher un poster avec cette citation au-dessus de son lit afin de pouvoir la lire chaque jour. Ce sera nécessaire, comme l’a prouvé l’agitation qui a mené à la naissance de cette coalition. Pourtant, il y a des signes qui justifient cet optimisme. Ce gouvernement est celui d’une nouvelle génération de responsables politiques. S’il ne se distingue – heureusement – pas par une prédilection pour les chemises à carreaux, les sweats à capuche et les sacs à dos, il semble toutefois envisager la politique de manière plus pragmatique et moins dogmatique. Pensons à la manière dont le président du sp.a, Conner Rousseau, a surpris tout le monde en affirmant que les migrants qui ne veulent pas apprendre le néerlandais n’ont rien à faire ici. De même, cette équipe très hétérogène semble réussir à être à la fois plus à droite en matière de sécurité et de migration – avec une politique de retour plus efficace et un milliard d’euros pour la police et la justice – tout en se montrant plus sociale en voulant augmenter les pensions les plus basses. Ce n’est pas un hasard, car ces points ont été décisifs pour de nombreux électeurs en 2019.

Bien entendu, ces prochains mois, la nouvelle coalition devra prouver qu’elle peut aller plus loin qu’une citation inspirante. Mais nous nous sommes plaints pendant 500 jours de l’absence de gouvernement, et il serait justement trop facile de se plaindre du gouvernement dès le départ. En pleine crise sanitaire, nous avons toutes et tous des raisons d’espérer que notre optimisme soit justifié.

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