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Fermeture des écoles: la N-VA s’empêtre dans la crise du coronavirus
29·03·21

Fermeture des écoles: la N-VA s’empêtre dans la crise du coronavirus

Temps de lecture : 4 minutes Crédit photo :

Photo by moren hsu on Unsplash

Roel Wauters
Auteur⸱e
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Les écoles, ouvertes ou fermées ? S’il y a bien un thème sur lequel la N-VA a voulu se détacher tout au long de la crise sanitaire, c’est l’enseignement. À ce titre, le ministre flamand de l’Enseignement, Ben Weyts (N-VA), est monté aux barricades à chaque occasion afin d’éviter que les enfants doivent rester à la maison.

En tenant sa ligne de conduite avec fermeté, Ben Weyts a su imposer le respect. Il est demeuré attentif, à juste titre, au lot des enfants, notamment à celui des plus vulnérables socialement, qui souffrent le plus des retards d’apprentissage. Ce faisant, il a aussi rassuré les parents qui frémissaient à l’idée de devoir retravailler pendant des semaines avec les enfants à domicile. Les employeurs, de leur côté, se sont réjouis de pouvoir compter sur des employés disponibles à cent pour cent.

Seulement, de cette fermeté, il ne reste plus grand-chose aujourd’hui. Lorsque le Comité de concertation a décidé de fermer les écoles primaires et secondaires, Weyts ne s’est pas laissé démonter et a déclaré : « Ikea ouvert, écoles fermées, telle n’est pas ma vision du monde. » Mais le soir même, au moment de décider, en concertation avec les syndicats, s’il fallait organiser de l’enseignement à distance, il a tourné sa veste : les vacances de Pâques dureront simplement une semaine de plus, et les cours (dont les cours en ligne) sont supprimés. Faut-il en conclure que pour le ministre, l’enseignement n’est plus une priorité ? En tout cas, le principal intéressé a préféré pointer du doigt le gouvernement fédéral : c’est à cause de leur communication que tout le monde a immédiatement envisagé une semaine de vacances supplémentaire, et il n’était plus possible de renverser la vapeur.

En ce qui concerne les écoles maternelles, la ligne de conduite était totalement introuvable. Au sortir du Comité de concertation, le ministre-président flamand, Jan Jambon (N-VA), a annoncé pouvoir les laisser ouvertes, mais quelques heures plus tard, son ministre de l’Enseignement, Ben Weyts, a appelé les parents à garder leurs enfants à domicile.

Hier matin, lorsque les différents réseaux de l’enseignement flamand avaient décidé de fermer leurs portes, il a appelé les écoles à prévoir le plus possible des garderies. Autant dire que cela a semé la confusion chez de nombreux parents, pressés de trouver une garderie pour leurs enfants. « Cela ne peut pas se répéter », ont affirmé en chœur les deux autres partis de la majorité flamande.

Depuis le début de la crise sanitaire, les nationalistes flamands ont du mal à trouver la bonne tonalité. Au niveau fédéral, où la N-VA siège dans l’opposition, ils essaient de capitaliser sur les critiques envers la politique d’Alexander De Croo (Open Vld). Ces critiques font du bruit sur les réseaux sociaux, mais elles ne semblent pas tellement toucher la population en général, qui n’a pas envie d’assister à des querelles politiques. À cet égard, un sondage récent, plutôt favorable aux partis de la majorité, a fait l’effet d’un coup de poing dans la figure de la N-VA.

Autre problème pour la N-VA : les citoyens qui n’apprécient pas la politique du gouvernement ne recourent pas à l’alternative N-VA, car le parti, qui assure la ministre-présidence flamande avec Jan Jambon, est l’un des visages de cette politique. Par conséquent, quand la N-VA critique les décisions du Comité de concertation, ça sonne faux, un peu comme avec le MR du côté francophone. Et dans ce cadre-là, le ministre de l’Enseignement Weyts a eu l’air de s’opposer à son chef, Jan Jambon, dans le débat sur l’enseignement maternel.

Au fond, le parti ne sait pas quelle attitude adopter face à cette crise. Entre plus de répression et plus de liberté, la N-VA ne sait pas sur quel pied danser. Fin octobre, Jambon clamait qu’il ne fallait pas appeler les pompiers tant que la maison n’était pas en feu. Quelques jours plus tard, il a dû constater qu’un deuxième confinement était devenu inéluctable. Il y a une bonne semaine, Jambon avait aussi plaidé pour la réouverture des terrasses et de l’horeca dès les congés de Pâques. Puis, cette semaine-ci, il a dû faire marche arrière et renforcer les mesures sanitaires.

Le chef du parti lui-même sème le doute. Avant le premier confinement, le bourgmestre anversois, Bart De Wever, était apparu déguisé à la comédie musicale Mamma Mia! pour bien montrer qu’il n’y avait pas de souci à se faire. Une semaine plus tard, lorsque les courbes ont entamé leur tragique ascension, il a appelé au couvre-feu, une mesure à laquelle la N-VA, aujourd’hui, s’oppose vivement.

De Wever aime se positionner entre les partis du système et les partis antisystème, mais la pandémie exige un positionnement clair. Toute tentative de dépasser du rang se fait réprimer par la dure réalité des chiffres, qui contraint la N-VA à prendre ses responsabilités.

La N-VA ne parvient pas non plus à tirer son épingle du jeu dans le gouvernement flamand. Les nombreux décès dans les maisons de retraite ont fait des dégâts à la réputation du parti, tout comme les difficultés du traçage et les ratés de la campagne de vaccination. La N-VA ne peut même plus dire, aujourd’hui, que la Flandre s’en sort mieux que la Wallonie, car le taux de vaccination par habitant est supérieur dans le sud du pays.

Pourtant, par le passé, la N-VA a démontré qu’elle était capable de mener une opposition forte au niveau fédéral tout en participant au pouvoir en Flandre.

Sous le gouvernement d’Elio Di Rupo (PS), Theo Francken et Jan Jambon, entre autres, n’ont eu de cesse de reprocher à l’exécutif sa politique budgétaire, communautaire et migratoire avec, à la clé, une victoire électorale éclatante en 2014.

Chez les nationalistes flamands, nombreux sont ceux qui marmonnent, tous les soirs, une petite prière pour que la crise du coronavirus cesse au plus vite, histoire que les dossiers politiques « normaux » reviennent à la surface. Des dossiers grâce auxquels ils croient pouvoir en faire voir de toutes les couleurs à la Vivaldi.

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