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(c) Geralt

10 janvier 2018

En Belgique, les élections se jouent aussi sur Facebook

« Meilleurs vœux de toute l’équipe d’Anvers ! », a écrit plus tôt dans la semaine Kris Peeters en postant sur sa page Facebook une vidéo des feux d’artifice tirés dans la ville flamande. Une publication qui lui aura valu sept « likes » à peine. Même lorsque mon adolescente de fille s’exprime sur Instagram, elle touche un public plus large que les vœux de bonne année du candidat-bourgmestre à la ville d’Anvers. Souvent, il semble que les responsables politiques belges entretiennent encore avec les réseaux sociaux le même rapport qu’un oncle ou une tante vieux jeu auxquels il faudrait expliquer où se trouve le bouton « like ». Quant à s’adresser à de jeunes vingtenaires ou trentenaires via Instagram ou Snapchat, n’en parlons même pas.

Mais est-ce réellement important ? Les responsables politiques doivent-ils absolument se soucier des pouces récoltés sur Facebook et de leurs selfies ? La réponse est un oui catégorique. En fait, ils n’ont même plus le choix. Les exemples étrangers nous montrent que les élections se gagnent ou se perdent sur les réseaux sociaux. Le plus bel exemple : Trump. Si ses tweets enragés sont désormais connus de tous, c’est toutefois sur Facebook que son équipe de campagne s’est assuré la victoire. Cette plateforme permet de s’adresser à des groupes d’électeurs très spécifiques : c’est ce que l’on appelle le « ciblage ». Ainsi, l’équipe de Trump produisait chaque jour jusqu’à 50 000 variantes des mêmes messages politiques. Un chiffre improbable, mais confirmé par son directeur de campagne. Objectif de l’opération : caresser un maximum d’électeurs potentiels dans le sens du poil via Facebook.

En Belgique, la N-VA est le seul parti qui semble réellement avoir compris la puissance des réseaux sociaux, Theo Francken en tête. Ses membres ont été les premiers à considérer ces plateformes non pas comme un gimmick publicitaire, mais comme une véritable stratégie. Le parti a donc réalisé les investissements nécessaires, recourant à des spécialistes et à des outils de pointe. Mais la N-VA profite aussi du naturel avec lequel certains de ses responsables manient ces supports. Une étude de notre journal a montré que sur Facebook, la voix de Francken trouve quarante fois plus d’écho que celle du Premier ministre. Et cent fois plus que celle du ministre Open Vld le plus populaire. Pour reprendre une image que tous les politiciens de village comprendront : c’est comme si, sur la place communale, la N-VA pouvait coller cent fois plus d’affiches. Les élections s’en trouveraient-elles influencées ? À votre avis… ?

Il n’empêche : par rapport à des pays tels que le Royaume-Uni ou les États-Unis, même la N-VA n’en est encore qu’à ses balbutiements. Sur Facebook, ces pays mènent en effet des essais avec des robots chatteurs qui engagent des conversations avec des électeurs indécis pour les convaincre de choisir tel candidat ou tel parti. À l’instar des médias, des grands magasins ou des banques, les bouleversements de la révolution numérique secouent donc également la politique. Les partis qui en prennent conscience trop tard risquent donc d’être zappés non seulement par les électeurs, mais aussi par la technologie.

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