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(c) Pixabay

12 janvier 2018

Elle s’appelle Jihad, et son recrutement à la VRT enflamme la Toile

La jeune Jihad Van Puymbroeck (23 ans) s’est fait descendre sur Twitter pour des tweets anti-droite écrits vers l’âge de dix-sept ans. Son premier jour de travail comme rédactrice à la VRT a dégénéré sur les réseaux sociaux, où s’est déchaînée une violente chasse aux sorcières orchestrée par SCEPTR, l’équivalent flamand de Breitbart.

Cette tribune, parue dans De Morgen, est signée par Matthias Dobbelaere-Welvaert, managing partner chez The Jurists Europe, enseignant à la Erasmus Hogeschool de Bruxelles et spécialiste des domaines de la protection de la vie privée et de la liberté d’expression.

Lorsqu’on accepte que quelqu’un se fasse attaquer pour des propos exprimés dans sa jeunesse, c’est qu’il y a un fameux problème

Quand j’avais seize ans, le monde semblait plus simple. Je pouvais me permettre de penser de façon binaire et sans nuance. Je cherchais des réponses politiques du côté de la droite, voire de l’extrême-droite. Jamais je n’avais eu le cran de l’avouer, mais le moment est venu pour moi de me confesser.

Aujourd’hui, du haut de mes trente ans, j’observe l’adolescent que j’ai été d’un regard apitoyé, mais non dénué de compréhension envers ce qui n’est autre qu’un péché de jeunesse. Devenir adolescent, c’est entre autres se chercher, dans tous les sens du terme. Et je souris quand je repense à mes professeurs désespérés de l’époque qui, déployant des trésors de patience, tentèrent de m’opposer leurs arguments que leur dictait leur raison.

Heureusement que je ne m’étais procuré aucune carte de parti à l’époque, mais surtout : heureusement que Twitter n’existait pas en 2003.

Lundi dernier, Jihad Van Puymbroeck, une jeune femme de 23 ans, n’a pas pu avoir le luxe d’écrire sa propre histoire. Elle s’est fait descendre sur Twitter pour des tweets anti-droite écrits vers ses dix-sept ans. Son premier jour de travail comme rédactrice spécialisée dans les réseaux sociaux à la VRT a dégénéré en tempête médiatique et en chasse aux sorcières, orchestrées par SCEPTR, l’équivalent flamand de Breitbart, un site de propagande de l’alt-right américaine. Des dizaines de soldats de Twitter, suivis par un noyau dur d’observateurs critiques des médias autoproclamés, ont enflammé les messages de la nouvelle rédactrice de leur haine et de leur dégoût.

C’est donc ainsi qu’une nouvelle chasse aux sorcières s’est déclarée. De la critique (justifiée ou non), on est passé à l’offense. On a manifestement bel et bien oublié que la politique est une affaire d’idées et de débats passionnés certes, mais censés épargner les personnes. Une personne est bien plus, et bien plus complexe, qu’une idée politique. Lorsque nous, c’est-à-dire la société, acceptons qu’une jeune personne se fasse attaquer de manière partiale et sans pitié pour des opinions exprimées dans sa jeunesse, et de surcroît en raison de son seul prénom, c’est qu’il y a un fameux problème. Visiblement, certains rêvent d’une jeunesse qui ne saurait dire que oui et amen. Ce n’est en tout cas pas la vision que moi, je me fais de l’avenir.

Chasse aux sorcières

C’est précisément pendant la semaine contre le harcèlement, qui engage les citoyens à lutter contre le harcèlement en ligne, que nous voyons des hommes et des femmes adultes protester en ligne et répandre leur haine numériquement et surtout à l’unisson, sans limites ni envie de comprendre. Que des politiques, des représentants du peuple et même le « premier citoyen du pays » s’empressent d’y participer témoigne de leur manque de dignité, eu égard à la fonction qu’ils exercent.

On aurait pu s’imaginer que l’affaire Dylan Vandersnickt (l’ex-président des jeunes N-VA, qui s’est donné la mort après une tempête médiatique sur les réseaux sociaux, ndlr) aurait fait prendre conscience à tout un chacun des dangers de la chasse aux sorcières (en ligne), mais rien n’est moins vrai, même si des propos apaisants sont entre-temps arrivés de la part de la droite.

Bien sûr, il y a beaucoup à dire sur la neutralité dans nos médias. Il n’existe pas de cinquième pouvoir à même de contrôler le quatrième. On entend parfois que les journalistes sont majoritairement des gauchistes, et que la droite n’est pas représentée dans le débat public. C’est un autre débat, mais dans le cas qui nous occupe, il faut comprendre que Jihad Van Puymbroeck a été engagée comme rédactrice spécialiste des réseaux sociaux. Et pour ma part, quand bien même elle deviendrait journaliste politique, je n’y verrais pas le moindre inconvénient. Il est en effet tout à fait possible d’exercer sa profession avec la neutralité requise, tout en ayant une opinion personnelle. Juridiquement, absolument rien ne l’interdit.

La politique s’est muée en guerre des tranchées. Personne n’est épargné, pas même les jeunes. Comme le chante si bien le chanteur néerlandais Stef Bos : « Le troupeau cherche un berger et les loups sentent l’odeur du sang. Et la soif de sensationnel fait un roi d’un bouffon. »

Comme si on avait oublié l’existence du juste milieu.

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