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2 février 2018

Les dangereuses zones grises de l’euthanasie

Mille personnes environ. Autant d’individus qui se verraient administrer, chaque année, une petite piqûre qu’ils n’ont pas demandée. Une information divulguée lors du procès d’assises du diacre de la mort, Ivo Poppe, sans causer de remous. La défense a fait appel à Marc Cosyns, ardent défenseur du droit à l’autodétermination, afin de semer le doute quant à l’ampleur de la culpabilité de Poppe. Entre-temps, le verdict est tombé : celui-ci n’a pas pratiqué l’euthanasie, sinon commis une série de meurtres. Reste que le chiffre de mille âmes fait réfléchir.

Ce qui interpelle surtout, c’est la banalité des réactions du grand public. Tout semble indiquer que Cosyns s’est quelque peu emporté. Les docteurs ne décident pas brutalement du clap de fin, mais ils prennent bel et bien des décisions qui peuvent sensiblement accélérer le processus. Injecter de la morphine ou cesser un traitement peut changer la donne de quelques heures ou de quelques jours. Et, disons-le clairement, il arrive que de telles décisions soient prises sans la demande explicite du patient. L’euthanasie est strictement réglementée, contrairement à la vaste zone d’ombre qui comprend les soins palliatifs et autres services connexes. Ne doit-on pas débattre de la question ? Pratiquement personne ne semble encore vouloir s’en donner la peine.

Au cours des dernières décennies en Belgique, nous avons progressé à pas de géant sur le plan éthique. En résumé, la volonté et la décision de l’individu pèsent désormais davantage que la religion, les traditions et les normes sociales. Nul Dieu ne peut encore vous imposer des souffrances insensées, et encore moins un prêtre. Et qu’entend-on par « insensées » ? Il revient à tout un chacun de le définir soi-même. Comme nous l’avons encore vu cette semaine, il n’est plus permis de pousser une femme ou un homme à la mort par tabou ou par habitude. En d’autres termes, l’individu est le seul maître de son destin.

Notre société évolue à une allure si vertigineuse que la liberté sans cesse croissante ne semble plus avoir de limites. Une bonne chose en soi, surtout pour celles et ceux qui se voyaient autrefois dicter leur vie par des autorités rigides. Mais ne nous écartons pas de la raison pour autant. Les questions éthiques ne connaissent pas de bonnes ou de mauvaises réponses, et nous ne sommes pas non plus obligés de tous partager les mêmes positions en la matière. Si une telle remarque à propos de mille âmes négligées ne suscite plus de réactions, des interrogations surgissent : est-ce dû au fait que nous sommes tous d’accord ? Les épaisses couvertures du consensus étouffent-elles le débat ? Pour en arriver à la question qui tue : au fond, tout cela ne nous est-il pas devenu bien égal ?

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