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Covid-19 : « Ne sacrifions pas une nouvelle fois les événements culturels »

(cc) Free-photos via Pixabay

22 octobre 2020

Covid-19 : « Ne sacrifions pas une nouvelle fois les événements culturels »

Temps de lecture: 3 minutes

« En dehors du travail, tout sera interdit. » Si vous flânez le long du piétonnier – quasiment terminé ! – au centre-ville de Bruxelles, vous ne pourrez pas manquer, en passant devant la Bourse, le grand panneau qui arbore ce slogan. La citation est attribuée par l’artiste (ou le vandale, à vous de choisir) à George Orwell, l’écrivain britannique qui avait imaginé une société dans laquelle l’État bride toute forme de créativité individuelle.

Ce geste est tout à fait compréhensible, évidemment, en cette année de pandémie émaillée de mesures strictes qui restreignent notre vie sociale. Seulement, il suffit de chercher la citation sur Internet pour s’apercevoir qu’elle ne provient ni de 1984, ni de George Orwell. En réalité, personne ne sait même d’où elle sort. Pourtant, elle circule sans encombre sur les réseaux sociaux depuis la décision du gouvernement français d’imposer un couvre-feu. Et pour comble d’ironie, des députés français ont partagé la citation en l’attribuant à George Orwell alors qu’il n’y a rien de plus orwellien que la désinformation et la manipulation de l’histoire, fût-elle littéraire.

Adieu

Le slogan m’a hanté pendant quelques mètres, entre la Bourse et l’entrée de l’Ancienne Belgique. Oui, votre serviteur a osé, non sans hésitation préalable, assister à un concert. Un concert du groupe belge School is Cool, dont la présentation du quatrième vinyle LP – un format qu’affectionnent les groupes belges – ne démériterait pas sur les scènes internationales. Seulement, l’album a vu le jour en mars, quelques jours à peine avant le début du confinement. Adieu concert de présentation, adieu festivals d’été, adieu revenus.

Sept mois plus tard, nous ne sommes pas vraiment confinés, mais les chiffres alarmants des cas de coronavirus et la pression croissante sur les hôpitaux contraignent à nouveau notre société à se barricader. Vendredi passé, le tout nouveau gouvernement De Croo a frappé fort : couvre-feu dans tout le pays, interdiction de la vente d’alcool, contact rapproché autorisé avec une seule personne. Mais aussi : fermeture de tout l’horeca pendant un mois.

Et la culture ?

Les nouvelles mesures ont épargné le secteur de la culture. Du moins jusqu’à ce que le gouvernement dispose enfin de son fameux baromètre. C’est le secteur entier qui attend, le cœur serré, de savoir si les concerts, pièces de théâtre et autres événements seront à nouveau bannis. Avez-vous déjà mis les pieds à l’AB ces derniers mois ? Si oui, vous savez qu’il n’y a aucune raison d’y interdire quelque représentation que ce soit. Rarement je me suis senti autant en sécurité que ce soir-là au boulevard Anspach, dans le temple de la musique. À l’abri dans notre bulle de deux, nous sommes entrés et nous avons suivi un marquage clair en direction de nos sièges. Pas de bar, pas de pause cigarette, une place d’écart entre mon voisin et moi, port du masque obligatoire pendant tout le concert. Bien entendu, je ne prétendrai pas que c’était la soirée la plus rock and roll de ma vie, mais la sécurité régnait.

Base scientifique inexistante

Même au cœur d’une crise extrêmement grave, le crédo doit rester le suivant : s’il est possible de faire quelque chose en toute sécurité, il faut pouvoir le faire. Surtout quand on sait que le secteur de la culture a été le plus lourdement touché depuis le début de la pandémie, mais aussi, hors considérations économiques, qu’elle nous procure notre portion indispensable de divertissement. Surtout à Bruxelles, où les événements culturels constituent le facteur d’union par excellence entre les différentes communautés dont notre ville peut s’enorgueillir. Et surtout lorsque l’on sait que la base scientifique avancée pour fermer l’horeca est déjà légère, et qu’elle est inexistante en ce moment pour le secteur de la culture.

Ne sacrifions pas une fois de plus les événements culturels. Sinon, nous risquons de nous retrouver dans une société où « en dehors du travail, tout sera interdit », comme ne le dit pas le célèbre George Orwell mais un membre anonyme de la communauté Twitter. Nous pouvons faire mieux que ça. Beaucoup mieux.

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