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Bruneau, Michel II, et la grand-messe de Davos

(c) Nicke159

25 janvier 2018

Bruneau, Michel II, et la grand-messe de Davos

Temps de lecture: 3 minutes
Jan Segers
Auteur
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Pour Bart De Wever, Michel Ier, c’est déjà du passé. Ce qui l’intéresse, c’est le gouvernement Michel II, qu’il a déjà njonmmencé à planifier autour d’une bonne table avec son ami Didier Reynders. En effet, à quoi bon demander son avis au Premier ministre ?

Deux mètres de neige recouvrent la vallée de Davos. Impossible pour les hélicoptères de décoller ou d’atterrir. En effet, les hélicos ne sont pas pourvus de pneus neige, ni de pneus tout court, d’ailleurs. Il y en a un, en Corée du Nord, qui doit se réjouir que les puissants de ce monde soient coincés comme des rats. Si seulement ses missiles intercontinentaux pouvaient atteindre la Suisse ! Il suffirait que je pousse sur le bouton rouge, doit se dire Kim Jong-un, pour mettre fin au capitalisme et à ce type qui a un plus gros bouton que le mien.

Chaque année, c’est le même manège : la fine fleur du monde des affaires et de la politique s’attroupe à Davos pour échanger des points de vue sur les bienfaits de la mondialisation et des technologies, mais aussi sur les risques qui pèsent sur le monde, comme le réchauffement climatique et les inégalités croissantes. Dans notre monde, un pourcent de la population possède plus que les nonante-neuf autres. Le problème, c’est qu’à Davos, on ne trouve que des représentants de la première catégorie. Comment trouver une solution au problème des inégalités quand on fait soi-même partie du problème ?

Pas question de déroger à la tradition : il faut qu’à cette grand-messe annuelle de l’autoréflexion et de l’onanisme soient présents le roi, la reine, le ministre-président, le Premier ministre et quelques-uns de ses vice-premiers. Leur présence est requise pour la Belgian Power Reception de ce soir, un événement de networking permettant à ceux qui composent l’élite belge de discuter avec des investisseurs étrangers, mais surtout entre eux. En effet, les discours de nos dirigeants sont surtout destinés à être entendus à l’intérieur du pays : regardez-nous, comme on brille à Davos ! Regardez nos excellents résultats économiques ! Bien sûr, ils auront bien raison, le Premier ministre et le ministre-président, de souligner la bonne santé économique de la Belgique et de la Flandre. Les emplois tombent du ciel par dizaines de milliers, les sociétés étrangères s’empressent d’investir chez nous, nos propres entreprises peuvent à nouveau se livrer concurrence sans handicap salarial et notre déficit budgétaire se met, comme par miracle, à fondre comme neige au soleil – on est à Davos, après tout. Bien entendu, nos gouvernements s’en attribueront tout le mérite, en admettant toutefois que la conjoncture internationale ne leur a pas été défavorable. Et aux esprits chagrins, toujours prompts à faire remarquer que nous ne faisons pas mieux que la moyenne européenne, ils pourront rétorquer : « Oui, mais nous ne faisons pas moins bien non plus ! »

Si cela ne tenait qu’à la N-VA et à elle seule, le gouvernement Michel pourrait déjà rendre son tablier cette année-ci, sans attendre les élections de 2019, histoire de faire coïncider les communales et les législatives, ce qui favoriserait la N-VA au détriment du CD&V. Pour Bart De Wever, Michel Ier a rempli son contrat. La reprise économique est un fait et le pouvoir d’achat augmente. L’immigration et la sécurité sont sous le contrôle de Francken et de Jambon. Nous sommes repassés du niveau 3 au niveau 2 : le pays pousse un soupir de soulagement et la N-VA atteint le niveau 4 dans les sondages.

Le raisonnement de De Wever est le suivant : donnons encore cinq ans à la N-VA et à sa Suédoise, et la Belgique aura changé encore plus radicalement que ne l’aurait fait une quelconque réforme de l’Etat. Comme l’avait fait remarquer Didier Reynders il y a dix ans : la plus grande réforme de l’Etat, c’est un gouvernement sans le PS. De Wever ne doute plus de la valeur électorale de Michel Ier ; il prépare déjà Michel II. Pour ce faire, il s’est rendu discrètement, il y a peu, au restaurant. Chez Bruneau, comme il y a huit ans, avec Didier Reynders, son vrai copain du MR. Reynders ne fera sans doute pas partie du prochain gouvernement. Il pourra enfin obtenir en 2019 ce qui lui avait échappé en 2014 : un poste très élevé, avec la bénédiction de la N-VA. Et le Premier ministre, dans tout ça ? Il n’a pas été invité chez Bruneau. C’est un peu gênant, évidemment, que cette rencontre au restaurant ait été rendue publique. Mais bon, tout va rentrer dans l’ordre. Il suffit à Charles Michel de poursuivre en beauté jusqu’au printemps 2019, de récolter les fruits de sa politique et de rempiler avec le soutien de ses nombreux amis flamands. Non ?

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