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Baromètre politique: le naufrage des coalitions

(c) Randall Nyhof

20 mai 2016

Baromètre politique: le naufrage des coalitions

Temps de lecture: 3 minutes

La mayonnaise ne prend pas. On chipote, on ergote. Gouvernement Michel ou gouvernement Bourgeois, même combat : la désaffection de l’électeur est consommée.

Ce n’est qu’un sondage. Telle est la platitude que les présidents aiment à donner en guise de seule réponse au recul de leur parti. Comme s’ils voulaient eux-mêmes s’en convaincre : demain, la courbe s’inversera. Mais hier, il n’était pas un seul président pour déclarer que la dernière enquête menée par Het Laatste Nieuws et VTM n’était qu’un sondage. C’est une insciption sur le mur, un présage de malheur. Un signal d’alarme qu’ils ne peuvent plus nier. La photographie d’un instant qui s’inscrit dans une indéniable tendance. Les partis du gouvernement, MR, N-VA, CD&V et Open Vld, accumulent les revers. Deux ans après les élections, leur majorité apaisante s’est mue en minorité mortifère. Le doute s’est installé. La sueur froide perle sur le front de la Suédoise. Et si ce n’était pas qu’un sondage ? Et si c’était la préfiguration d’une défaite électorale en 2019 ? Et si la courbe ne s’inversait pas ?

Le gouvernement Michel avait bien anticipé une légère baisse dans les sondages. Un recul provisoire. Quelques points de pourcentage, quelques sièges. Mais pas 15% et pas 21 sièges, comme maintenant. Il ne s’agit plus d’une éraflure, mais d’une plaie béante, d’où le sang coule abondamment et que personne ne peut plus étancher. Les gifles volent de toutes parts. Le gouvernement est dans les cordes, comme un boxeur en perdition. S’il esquive à droite, il encaisse un direct du gauche. S’il esquive à gauche, il écope d’un uppercut du droit. Ce n’est pas un hasard si les nationalistes du Vlaams Belang et les communistes du PTB font une montée spectaculaire et deviennent aujourd’hui le troisième parti de leur région linguistique respective, formant une improbable symétrie des extrêmes. La confusion se ressent jusque dans la politique du gouvernement. Est-il de gauche ou de droite ? Est-il trop dur ou trop mou ? Il ne le sait même plus lui-même. Et pendant ce temps, leurs électeurs s’éparpillent aux quatre vents.

Le temps où Geert Bourgeois rêvait tout haut de voir la N-VA atteindre les 40 % semble bien éloigné. Il n’y a pourtant que trois ans. Aujourd’hui, son parti recule à 24 %, un score qui ne suffit pas pour garder la main sur ses deux gouvernements. La N-VA dilapide son contingent d’électeurs au profit des séparatistes et des socialistes. Un comble. Sur les dossiers communautaires et sociétaux, le parti dérive sans cesse plus à droite. Sur les questions socio-économiques, il se voit contraint de virer toujours plus à gauche, au risque de passer pour un parti d’anciens Belges et de nouveaux riches. Le gouvernement Michel n’est pas le seul naufragé de cette traversée en eaux troubles. La coalition Bourgeois a aussi du souci à se faire. Un gouvernement de taxes et de factures, d’immobilisme et d’atermoiements, dirigé par un capitaine que l’électeur veut faire passer par-dessus bord. Car ce que les Flamands veulent faire eux-mêmes n’est pas mieux fait. Le plus souvent, ce n’est ni mieux ni moins bien, ils pataugeant dans l’inaction, abâtardis qu’ils sont par leur propre indécision.

Le courage d’aller de l’avant ? La force de réformer ? Pas simple, lorsqu’on a perdu l’électeur en chemin. Le MR de Charles Michel ne représente plus qu’un cinquième des francophones de ce pays. Cela incite plus à la retenue qu’à l’engagement. Le CD&V du vice-premier ministre Peeters, jadis tout-puissant, est désormais le quatrième parti de Flandre et vivote à vingt mille lieues sous son rang. Il a si peur de son ombre, effrayé par le fantôme de son propre mouvement politique, qu’il en vient presque à applaudir les syndicats qui partent fracasser les vitres de ses ministères. Heureusement, il y a encore les optimistes de l’Open Vld. La présidente Rutten se félicite des 13% obtenus par son parti. Les libéraux arrivent en cinquième position en Flandre. Une bien triste consolation, dont ils sont bien obligés de se satisfaire.

En bref, la mayonnaise ne prend pas, ni au fédéral ni en Flandre. On chipote, on ergote. La désaffection de l’électeur est consommée. Bart de Wever perçoit bien le danger. Il met ses gouvernements vacillants en garde contre leur irrésolution réformatrice. Voilà exactement ce que Michel et Bourgeois, et par extension la Belgique et la Flandre, ne peuvent plus s’autoriser : l’inaction. Les citoyens de cet État défaillant implorent une brèche pour sortir de l’impasse, une lueur d’espoir dans une voie sans issue. Sur le plan politique, Michel et Bourgeois n’ont pas d’alternative. Mathématiquement non plus. Certes, la tripartie classique obtiendrait encore une majorité, mais avec cinq partis en recul sur six, et le PS en tête, plumé par les encore plus gauchistes du PTB. Une coalition de gauche, composée des socialistes, des verts et des chrétiens-démocrates, ne suffirait pas non plus. Sans compter que le CD&V y serait dans une position fort inconfortable.

Nos gouvernements de centre droit doivent donc continuer ainsi, par la force des choses. Avec l’énergie du désespoir, en s’inspirant de Guillaume d’Orange. Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer. Pour les coalitions en place, la garantie du succès ne peut plus constituer une condition à l’action. Ils doivent agir, dans l’intérêt général. Faute de quoi, ils ne seront plus dignes ni de leur salaire ni de nos voix.

 

 

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