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Après des siècles d’antisémitisme, l’accueil caricatural du premier candidat juif hassidique

(c) MabelAmber

19 avril 2018

Après des siècles d’antisémitisme, l’accueil caricatural du premier candidat juif hassidique

Le juif ultra-orthodoxe Aron Berger ne figurera finalement pas sur la liste du CD&V en vue des prochaines élections communales à Anvers. Mardi, cette candidature avait suscité une polémique en raison des principes religieux stricts adoptés par Aron Berger, comme par exemple refuser de serrer la main des femmes. Cet éditorial du quotidien De Standaard a été rédigé avant le retrait du candidat.

Temps de lecture: 2 minutes
Traducteur Sebastien Cano

Pour un juif hassidique, refuser de serrer la main d’une femme n’est pas offensant. Pourtant, nombreux ceux sont celles et ceux qui ressentent ce geste comme un affront. Cela en fait-il réellement une insulte ? Au point de considérer qu’il est inacceptable, sur le plan moral, d’inscrire cet homme sur la liste électorale d’un grand parti ? À travers sa manœuvre opportuniste consistant à faire figurer un juif hassidique sur la liste d’Anvers, le CD&V propulse les débats navrants sur l’islam à l’avant-plan du parti. Avec toutes les déchirures que cela provoque. Résultat : toutes les tergiversations entourant les normes et les valeurs, la foi et les Lumières, l’abattage rituel et le voile — bref, la place accordée à la religion dans l’espace public — se retrouvent ainsi étalées au grand jour. Et le CD&V s’en trouve profondément divisé. L’aile droite n’a pas tardé à tressaillir. Mais c’est surtout le manque flagrant de conviction du parti qui est ainsi mis au jour. Sur une question qui touche à son essence.

Pour l’heure, Kris Peeters est peut-être encore en position d’annoncer la désignation de son candidat hassidique en livrant un vibrant plaidoyer pour le droit à la diversité religieuse fondamentale. Mais la suite ne sera pas simple. Car lorsqu’on propose un candidat qui refusait que les programmes d’intégration abordent les questions de l’avortement ou du mariage gay, qui préfère éviter que les hommes hassidiques soient formés par une femme, qui représente une communauté puritaine qui opère une séparation stricte entre garçons et filles et qui refuse de manger la viande d’animaux abattus avec étourdissement, il faut savoir que l’on prend des risques et que l’on aura beaucoup de comptes à rendre. Manifestement, Kris Peeters ne s’en est rendu compte que mardi.

Mais parfois, défendre ce qui semble politiquement inacceptable s’avère payant. Le déferlement de désapprobations auquel on a assisté mardi semble indiquer que nous n’acceptons d’être en désaccord politique qu’avec ceux qui pensent à peu près comme nous et portent la même étiquette. Le reste doit être « fermement condamné », selon les termes de Liesbeth Homans, ministre flamande de l’Intégration. Voilà l’étroitesse d’esprit de la démocratie actuelle. Mieux vaut que les juifs ultra-orthodoxes restent dans leur culture. Et que les partis musulmans soient interdits.

Avec l’affaire Aron Berger — du nom du personnage en question —, on sent clairement poindre l’angoisse de la tache d’huile. À force de soumission, c’est notre démocratie qui sera bientôt mise à bas. Or une autre tache d’huile apparaît, bien plus réaliste, celle-là. Car l’histoire européenne ne se résume pas aux Lumières. La lutte sanglante pour le droit à l’identité et à la diversité religieuses a été au moins aussi fondamentale. Et cette aversion nouvelle pour des « coutumes » qui, selon Hendrik Bogaert, membre du CD&V, « sont incompatibles avec le christianisme culturel », met décidément à l’aise. L’histoire a montré à quoi elle pouvait aboutir. Après des siècles d’antisémitisme, l’accueil réservé au premier candidat juif ultra-orthodoxe est pour le moins glacial et caricatural.

 

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