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Pénurie d’eau: faut-il augmenter le prix pour limiter la demande?

(cc) Pixabay

29 mai 2020

Pénurie d’eau: faut-il augmenter le prix pour limiter la demande?

Temps de lecture: 2 minutes

Quand la pénurie menace, augmenter le prix de l’eau pourrait s’avérer efficace pour limiter la demande. Mais ce n’est pas si simple.

Voilà plusieurs semaines que la Flandre n’a pas connu de pluies dignes de ce nom. Son approvisionnement en eau, cet été, suscite donc de grandes inquiétudes. Le week-end dernier, dans certains quartiers d’Overijse, il ne servait à rien d’ouvrir un robinet : on avait réduit l’approvisionnement pour des raisons techniques alors même que la consommation augmentait. Dans plusieurs régions de Flandre, la sécheresse a incité les autorités à prendre des mesures, et notamment à interdire les arrosages, pour limiter la consommation d’eau. Comme l’an dernier, on envisage d’organiser des délestages tournants si la menace de manque d’eau se concrétise. 

Histoire d’inciter les entreprises et les ménages à plus de parcimonie, surtout lorsque la demande d’eau dépasse l’offre, les compagnies flamandes de distribution d’eau envisagent d’augmenter les tarifs lors des pics de consommation, espérant ainsi ajuster la demande pour la faire mieux correspondre à l’offre.

On ne saurait envisager une tarification flexible sans équiper les logements et les entreprises de compteurs numériques intelligents capables d’enregistrer le moment exact des prélèvements d’eau sur le réseau. La Flandre a déjà commencé à en installer, et on ne nage donc pas dans l’utopie. 

Tarification variable d’un produit de première nécessité

La variabilité du prix est un excellent outil de régulation de la demande, puisqu’elle permet de fournir une ressource rare, l’eau, à ceux qui lui accordent le plus de valeur. Sur le plan économique, cette approche s’avère plus efficiente que le recours au rationnement ou aux délestages. On peut mieux répartir la consommation d’eau sur la journée, pour éviter d’assécher les robinets lors d’un pic de demande. 

Mais ce n’est pas si simple. Tout d’abord, l’eau est un produit vital de première nécessité. Rien ne garantit que la demande diminuera dès que le tarif augmente.

Deuxièmement, le concept de tarification variable n’a pas vraiment la faveur du citoyen flamand. Ben Weyts, ministre flamand (N-VA) de la Mobilité, l’a appris à ses dépens quand il a tenté d’imposer un prélèvement kilométrique, rapidement baptisé la « Ben-Taks », pour lutter contre les embouteillages. 

Les plus aisés continueront de remplir leur piscine

Troisièmement : on ne manquera pas de critiquer la tarification variable comme une mesure antisociale. Les citoyens les plus aisés pourraient tranquillement remplir leurs piscines alors même que les plus bas revenus n’auraient pas les moyens de s’offrir une douche.

Quatrièmement, un mécanisme de variabilité des prix ne fonctionne bien que s’il régule à la fois la demande et l’offre. Mais le secteur de l’eau n’est pas libéralisé, la concurrence n’existe pas, et un avantage « prix » n’aura donc aucun effet du côté de l’offre.

Les compagnies de distribution d’eau cherchent évidemment à accroître l’offre, mais aussi leurs capacités de stockage. Rien n’interdit de les inciter à accélérer ces initiatives, ou à rénover leurs canalisations les plus anciennes, pour endiguer les déperditions de notre précieuse eau potable dans le sol.

A priori, instaurer la flexibilité des tarifs peut sembler une bonne idée. Mais beaucoup d’eau passera encore sous les ponts avant qu’on ne l’applique en Flandre.

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