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Le canon flamand : un exercice historique, mais aussi diplomatique

(cc) Pixabay

22 septembre 2020

Le canon flamand : un exercice historique, mais aussi diplomatique

À l’automne 2022, la Flandre disposera d’un canon flamand inspiré du modèle néerlandais. Emmanuel Gerard, professeur à la KUL, craint que l’exercice soit non seulement historique, mais aussi diplomatique.

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Lorsque le Professeur Emmanuel Gerard fut chargé de cette mission par le ministre flamand de l’Enseignement, Ben Weyts (N-VA), il a dû y réfléchir à deux fois. En effet, les débats sur le canon flamand ont débuté sous un ciel orageux. Pour certains critiques historiques, Bruno De Wever en tête, ce canon constitue la base d’une identité flamande imposée. Autant dire qu’ils n’ont pas envie de naviguer dans ce genre d’eaux bercées par des courants politiques.

Dans cette ambiance, la tâche du Pr Gerard ne sera pas aisée. Il entend réunir ce mois-ci une commission indépendante en charge des travaux à proprement parler. Compte tenu du nombre de collègues qui préfèrent regarder ailleurs et qui ne répondront pas à l’appel, M. Gerard compte bien rester discret sur l’identité des membres de la commission pour l’instant.

Outre l’aspect identitaire du canon, M. Gerard entrevoit un autre problème. Il y a trois cents ans, la Flandre n’existait pas. Pourtant, la région a bel et bien une histoire. L’universitaire a témoigné, dans la presse, de la nécessité de respecter « la diversité territoriale et les déplacements de frontières ». Il refuse aussi de laisser libre cours aux interprétations téléologiques et aux surinterprétations.

Un canon de centre-droite

Cependant, il reste deux autres pierres d’achoppement. Premièrement, il existe un différend philosophique entre historiens à propos de la légitimité même d’un canon. En effet, un canon repose sur un certain nombre de principes immuables. Le citoyen, pour qui l’histoire n’est qu’un énorme trou noir, ne comprend pas ce problème. Pour lui, la question de la légitimité du canon est avant tout une affaire de connotation – négative – du mot « canon ». Pourtant, un historien qui écrirait une Histoire de la Belgique ferait exactement la même chose : il décrirait l’histoire sans faire preuve d’esprit critique.

Autre pierre d’achoppement, bien plus fâcheuse : le statut du commanditaire, à savoir le gouvernement flamand de centre-droite. L’historien gantois Koen Aerts s’était demandé récemment, dans De Standaard, si le canon serait différent avec un gouvernement de gauche. Le Pr Gerard reconnaît que la question du commanditaire est épineuse. Ceci dit, il croit qu’aucun autre gouvernement ne pouvait lui confier la tâche de définir un canon sans avoir à plier ses bagages.

Histoire et identité

La Flandre s’inspire de l’exemple des Pays-Bas. Chez nos voisins, le canon est né en 2006, mais il faut dire que l’initiative n’était pas gouvernementale. Le médiéviste Frits Van Oostrom fut le chef d’orchestre de cette initiative, de ce processus dynamique aujourd’hui réexaminé. M. Van Oostrom a complètement écarté le canon néerlandais de la question de l’identité. M. Gerard entend faire de même. Il voit le canon comme « un projet positif qui suscite une énergie positive, et non comme un contenu à apprendre par cœur. »

Le canon néerlandais se décline en cinquante fenêtres thématiques. Lorsqu’on en ouvre une, on obtient tout un éventail d’informations, présentées sur un site Internet d’excellente qualité. La Flandre partage une partie de son histoire avec ses voisins du nord, et de nombreuses fenêtres peuvent être reprises telles quelles : Charlemagne, « Hebban olla vogala » (le début de la phrase réputée la plus vieille jamais trouvée sur un document en langue néerlandaise, NDT), Guillaume Ier, Charles Quint… D’autres thèmes, comme la Constitution, peuvent être recopiés. Et tout comme aux Pays-Bas, le canon flamand aborde également l’art et les sciences.

C’est pourquoi le journaliste Néerlandais Paul Scheffer considère un canon comme une « invitation à transformer une histoire divisée en un récit partagé. »

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