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2 juin 2016

«Nous sommes tous responsables des inondations»

Temps de lecture: 3 minutes

Le météorologue Frank Deboosere tire la sonnette d’alarme après plusieurs journées d’intempéries. «Le ‘stop au béton’ de la ministre flamande de l’Environnement Joke Schauvliege ne doit pas s’appliquer en 2050 mais aussi tôt que possible», explique-t-il. Selon lui, il est grand temps de se réveiller, car nous sommes tous responsables de ces inondations.

Un «stop au béton» en 2050? Bien trop tard aux yeux du météorologue Frank Deboosere. En effet, c’est aujourd’hui que nous payons les pots cassés de notre brique dans le ventre. Les décideurs politiques ont fermé les yeux afin que chacun puisse construire sur des terrains «bon marché». Nous en payons maintenant le prix.

Dans la nuit de lundi à mardi, les égouts ont dû engloutir pas moins de 85 litres de précipitations par mètre carré en 12 heures. Les statistiques de l’IRM révèlent que de tels chiffres ne surviennent qu’une fois tous les 150 ans, or des averses de cette intensité se reproduiront bien plus fréquemment à l’avenir.

Rue du Marais

Le changement climatique est une des causes, mais c’est surtout notre folie urbanisatrice qui se trouve à la source du mal, avertit Deboosere : «Nous avons massivement grappillé sur la nature. Nous sommes partis habiter dans des réserves naturelles ou dans lits de rivières en période hivernale, mais la Belgique et les Pays-Bas ne sont pas surnommés «plats pays» sans raison. Les inondations ont existé de tous temps, mais les gens s’en accommodaient autrefois. Actuellement, ils pensent qu’ils peuvent vivre sur l’eau. Les cours d’eau ont été aménagés et les bassins recouverts. Nous avons bétonné notre pays à une allure effrénée et l’avons rendu imperméable. Des zones marécageuses sont devenues des lotissements et ont été affublées de noms tels «rue du Lac», «rue d’En-Bas », «rue de la Cave» ou «rue du Marais». Ces appellations ne sont pas tombées du ciel. Tout qui s’installe dans ces zones va au-devant de problèmes.

Nous sommes collectivement coupables, estime le météorologue, bien qu’il pointe particulièrement les décideurs politiques du doigt, à juste titre. «Tout le monde n’achète que trop volontiers un lopin de terre bon marché. Et inversement : celui qui peut vendre son terrain en tant que terrain à bâtir ne s’en privera pas. Peut-on donner tort aux gens? Il n’empêche que la classe politique a fermé les yeux tout ce temps et nous avons construit à tout-va. Le «stop au béton» que la ministre Joke Schauvliege veut instaurer en 2050 doit s’appliquer bien avant car la situation ne présage rien de bon. À cause du dérèglement climatique, il pleuvra davantage en hiver et les périodes sèches seront plus longues en été, mais en cas de pluie, les précipitations seront plus intenses. En découlent des scénarios catastrophes comme à l’heure actuelle à Anvers, Roeselare et Dadizele, car nous sortons également d’une période sèche. Les eaux de crue ont dès lors du mal à pénétrer dans le sol.

Des villes plus compactes

Leo Van Broeck, architecte et professeur à la KU Leuven, se joint pleinement à la critique de Deboosere. Il a même un plan d’avenir clair à l’esprit. «La Flandre est fragmentée et nous construisons des routes partout parce que nous prenons la voiture pour tout. Conséquence: du béton partout. En cet instant précis, la Flandre est à 34% grise et 6 hectares verts disparaissent chaque jour. Nous devrions au contraire opter pour des villes plus compactes. À Bruxelles, un million d’habitants supplémentaires aurait facilement sa place. Nous ne devons pas rénover les maisons sinon détruire pour reconstruire la ville.» Joli sur papier, utopique en pratique? «Il s’agit en effet d’un plan qui va au-delà des limites des législatures, mais pas irréalisable pour autant», estime Van Broeck.

Frank Deboosere donne encore quelques bons conseils : «Installez plus de bassins de rétention, optez pour une allée drainante, faites en sorte que les puits soient vides après une période sèche et vérifiez sur watertoets.be si votre terrain à bâtir se trouve en zone inondable mais de grâce, laissez à l’eau ce qui lui appartient. Le constat affligeant de ces derniers jours est là pour nous le rappeler».

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