Guerre ouverte entre socialistes flamands et francophones

12 juin 2017 | Auteur : | Traducteur : Herve Voglaire Sanchez | Temps de lecture : 3 minutes

Le PS et le SP.A montent au créneau suite au scandale autour d’Yvan Mayeur, bourgmestre de Bruxelles. « Je ne peux plus collaborer avec ce cercle. »

« Ce n’est pas vrai » (Philippe Close), « Ce sont des mensonges » (Laurette Onkelinx). Le « ce » fait allusion à la déclaration du président du sp.a, John Crombez, qui prêtait au PS la volonté d’octroyer un poste d’échevin à Yvan Mayeur si celui-ci renonçait au mayorat jeudi.

Plusieurs versions de l’histoire circulent mais, au fond, la seule certitude est que Crombez  avait mis en garde Gwendolyn Rutten, présidente de l’Open Vld, contre un tel scénario. Cette dernière jugeait également cette piste inacceptable.

Au sein du PS, l’affaire a fait jaser : le bourgmestre démissionnaire Yvan Mayeur ne s’est même pas vu offrir une sortie digne de ce nom. La relation avec le sp.a était déjà au bord de la rupture. Et pour cause : Pascal Smet (sp.a) se situait notamment à l’origine de la démission de Mayeur. L’audit sur le Samusocial qu’il a demandé en début d’année a fait la lumière sur le système de tiroir-caisse. Smet figurait en outre parmi les premiers à réclamer ouvertement la démission de Mayeur.

Les avis divergent à propos de la proposition de conférer un poste d’échevin à Mayeur, mise sur la table de la concertation de la majorité, et des modalités de cette possibilité. Au cours de la réunion, les interlocuteurs se renvoyaient la balle et jouaient sur les mots. Cela n’a guère plus d’importance. Dans la foulée d’une vive altercation, l’échevine sp.a Ans Persoons a quitté la table, ce qui a eu pour conséquence directe un départ du sp.a de la coalition bruxelloise.

« La situation est inacceptable et moralement condamnable », selon Pascal Smet. 

Une politique éthique est un thème cher aux socialistes flamands depuis quelques années déjà et sur lequel ils sont très à cheval. Ils ont approuvé le décumul et un plafond de rémunération et, en cas de dysfonctionnement au niveau local, le président du parti John Crombez intervient sans merci. Le fossé entre la politique du pouvoir du PS et les mains propres du sp.a ne peut pas être plus grand. Mais à quoi bon être exemplaire si les homologues francophones se laissent aller en entraînant le sp.a dans leur chute ? Seule une réaction de principe pouvait s’avérer salvatrice. 

Le sp.a comptait sur le soutien du MR et de l’Open Vld, ses partenaires de coalition. Or, il n’en fut rien, comme l’indiquent des voix au sein du parti. Les deux formations pressentaient que le PS, dans sa soif de vengeance, voulait évincer son parti frère de la coalition. Le MR s’est même ouvertement rallié au PS : « Si cela ne vous plaît pas, la porte est ouverte. » La compétence de Persoons – les contrats de quartier – s’est immédiatement libérée et a attisé les convoitises en raison des importants budgets qui y sont brassés.

De même, le front flamand avec l’Open Vld n’a pas tenu le coup bien longtemps. Une fois le sp.a parti, les libéraux flamands pèsent de fait plus lourd dans la balance, avec Els Ampe en tant qu’unique échevine flamande. Par ailleurs, l’Open Vld n’avait pas envie de s’immiscer outre mesure dans la guerre ouverte entre PS et sp.a. Le parti craignait par-dessus tout que la crise ne s’étende au gouvernement bruxellois.

À la ville de Bruxelles, les socialistes flamands devront dès lors partir en quête de suffrages par leurs propres moyens pour la première fois en 2018. Il s’agit du prix à payer pour garder les mains propres.

« Tous mes mandats se rapportent à mon travail d’échevin et de bourgmestre », a declaré Phlippe Close. La contre-offensive ne s’est pas fait attendre. Pas plus tard que lors de la présentation de Philippe Close (PS) en tant que successeur de Mayeur, la transparence figurait au rang des priorités de l’agenda. Le collège des échevins de la ville de Bruxelles tiendra désormais un cadastre des mandats. Le nouveau bourgmestre renoncera quant à lui à son siège parlementaire afin de devenir bourgmestre à plein-temps. Quant à Ans Persoons, elle ne sera pas remplacée, ce qui fera directement un poste d’échevin en moins.

Il n’empêche que du côté du sp.a, les rires sont jaunes. D’aucuns affirment que « c’est loin d’être suffisant ». « Nous voulions faire un grand nettoyage parmi la multitude d’ASBL, ce qui n’a pas lieu en ce moment. » Close continuera à jouer son rôle en sa qualité de bourgmestre au sein d’ASBL telles que Brussels Expo.

Le fait que la nouvelle équipe, sans le sp.a, n’ait prétendument parlé jusqu’à présent que du contenu et pas encore de la répartition des compétences fait doucement sourire. « Vous n’allez tout de même pas avaler ça ? »

Wim Winckelmans et Bart Brinckman

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De Standaard

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Traducteur : Herve Voglaire Sanchez
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Date de publication : 10/06/2017
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