Conseil des ministres : une platée de mesures sans goût

16 mai 2017 | Auteur : | Traducteur : Herve Voglaire Sanchez | Temps de lecture : 2 minutes

Vingt-huit mesures. Excusez du peu. Le tout sans le moindre accroc, sans pizzas livrées en urgence et sans abus de caféine pour chasser le sommeil au cours d’une longue nuit de travail. Tel est le bilan du premier Conseil des ministres extraordinaire dont l’objectif consiste à démontrer que le gouvernement Michel I a toujours bon pied, bon œil. La longue liste de mesures prises en matière de justice est censée témoigner de la force dont le gouvernement peut faire preuve lorsque ses membres se serrent les coudes.

Les Conseils des ministres extraordinaires sont une recette qui figure dans tous les manuels de cuisine de la classe politique. Ils requièrent néanmoins de nombreux ingrédients, s’avèrent toujours fades et n’émoustillent pas, loin de là, nos papilles gustatives. Parmi les 28 décisions prises, seules deux présentaient une saveur quelque peu inattendue : l’élargissement du nombre de places dans les centres d’accueil fermés et la déductibilité fiscale de l’assistance judiciaire. Le reste mijotait déjà au four. Le chiffre en tant que tel – 28 –  force l’admiration. Si l’on se penche sur le contenu, en revanche, c’est beaucoup moins flatteur, surtout si ledit chiffre est gonflé à l’aide de mesures préexistantes telles que la formation pour la lutte contre la radicalisation ou la poursuite du combat contre l’État islamique. À défaut de créativité, le Conseil des ministres extraordinaire peut très vite prendre des allures de soufflé qui s’effondre. Si la recette est bien suivie, il se déroule sans faire de bruit et chacun finit par recevoir sa part du gâteau. Si, au contraire, un cuistot du dimanche est aux fourneaux, il attirera davantage l’attention et donnera par exemple lieu, comme dans le cas qui nous occupe, à un compromis façon quatre-quarts. La répartition équitable, d’ordinaire peu importante, est adoptée : 35 millions supplémentaires pour le sieur Francken (N-VA) et 35 millions pour Geens (CD&V), auxquels s’ajoutent 35 millions pour De Block (Open VLD) et 35 millions pour Borsus et Bellot, les deux barons du MR. Tous les partis sont servis, tout le monde est content. Soulignons du reste qu’un Conseil des ministres extraordinaire a pour but premier d’étaler la force et la cohérence du gouvernement en place aux yeux de la foule. La plupart du temps, un tel rassemblement est délibérément organisé lors d’un week-end où l’actualité brille par sa pauvreté.

L’objectif, ce faisant, est d’obtenir un maximum d’impact avec une boîte vide dans la foulée d’un dimanche dépourvu d’évènements palpitants. Or, en l’occurrence, même le timing pourrait être qualifié de petite catastrophe. Le gouvernement ne pouvait pas prévoir, il est vrai, que la cyberattaque mondiale allait accaparer les regards. La performance de Blanche à l’Eurovision, elle, était plus attendue. Tout comme, à plus forte raison encore, le thriller pour le titre de champion de Belgique entre Bruges et Anderlecht. Les Conseils des ministres extraordinaires doivent inclure la notion d’innovation dans leur programme, faute de quoi ils risquent de ressembler à des tours de passe-passe qui ne trompent personne. Pourtant, cette notion était absente lors de ce conseil. Il en reste encore deux. À vos oreillers.

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Traducteur : Herve Voglaire Sanchez
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Date de publication : 15/05/2017