Oubliez la « Communauté germanophone », dites plutôt « Belgique de l’Est »

30 septembre 2016 | Auteur : | Traducteur : Ludovic Pierard | Temps de lecture : 2 minutes

Marcel Bauer, journaliste eupenois indépendant, s’exprime sur la proposition de rebaptiser la Communauté germanophone en « Ostbelgien » ou « Belgique de l’Est ».

Tel le Roi-Soleil de France, le premier bourgmestre de la Communauté germanophone a décrété un nouveau nom pour son micro-État, qui s’appellera désormais « Ostbelgien » en lieu et place de « Deutsche gemeinschaft ». Ce choix ne repose ni sur les recommandations d’une commission d’experts composée de représentants du peuple, de journalistes, d’historiens, de géographes et de constitutionnalistes, ni sur un référendum ou une consultation populaire. Nos politiciens sont friands de prises de décision de cette importance au pied levé et sans la moindre concertation.

Et si cette annonce cachait un grand secret ? Peut-être la Flandre et la Wallonie ont-elles aussi décidé de changer leur nom en Belgique du Nord et Belgique du Sud ? On se trouverait alors face à un choix de mots judicieux. Nous ne devons toutefois pas oublier que l’image de la Belgique est loin d’être excellente dans le monde et évoque plutôt l’échec de la lutte contre le terrorisme, les centrales nucléaires pourries, les routes en mauvais état et la fraude fiscale. En outre, pour la plupart des gens, « l’Est » conserve une connotation négative.

Jusqu’à présent, lorsque l’est de la Belgique se retrouvait dans le viseur de la presse étrangère, c’était habituellement pour traiter de sujets graves, tels le démantèlement d’une cellule terroriste à Verviers ou le grand-prix de formule 1 à Spa. Mais cette époque est désormais révolue. Car le gouvernement a décidé que l’utilisation de la dénomination « Belgique de l’Est » influencera positivement le rayonnement extérieur de la Communauté. C’est en tout cas ce qu’auraient démontré les exemples de l’Allgaü, de la Sarre et du Tyrol. Cette comparaison est cependant boiteuse, dans la mesure où ces contrées possèdent un atout dont sont dépourvues jusqu’ici la Communauté germanophone et la Belgique de l’Est : une identité qui s’est enracinée dans la culture et s’est développée au fil de l’histoire.

Au lieu de lancer une campagne publicitaire onéreuse et à l’issue incertaine, nos stratèges politiques seraient mieux inspirés de recourir à un label mis gratuitement à leur disposition : les Hautes Fagnes. Cette chaîne de collines qui relie le nord au sud de la Communauté germanophone n’a besoin d’aucune action marketing particulière. Mentionnée sur toutes les cartes d’Europe, sa position de limite météorologique lui vaut en outre d’être citée tous les jours par M. ou Mme Météo. Son nom est connu dans toutes les langues d’Europe.

Hautes Fagnes

Nos voisins allemands et wallons ont depuis longtemps compris que l’appellation « Hautes Fagnes » est synonyme de bonnes affaires. La renommée de cette marque est étonnante : on la retrouve jusque dans le « venn marcet » de Londres, où les plus grands cuisiniers d’Angleterre s’approvisionnent en épicerie fine. Les gourmets anglais goûteraient sans nul doute le jambon de Montenau, les truites fumées de l’Our et les alcools de fruits de Raeren si seulement ils étaient affublés du cachet approprié.

Jusqu’à présent, la Communauté germanophone n’a utilisé qu’une seule fois (bien qu’à bon escient) les Hautes Fagnes comme support publicitaire : avec la Vennbahn, la ligne des Fagnes. Après quoi, chacun s’en est retourné à ses petites affaires. Pourtant, de plus en plus d’événements sportifs et culturels des Cantons de l’Est utilisent l’appellation des Fagnes pour se donner une contenance. Un nombre croissant de services et d’entreprises intègrent les tourbières dans leur logo. Car contrairement à la Belgique de l’Est, les Hautes Fagnes ne sont pas un terme géographique banal : elles sont à la Belgique ce que les Highlands sont à l’Écosse. Une contrée magique et mythique.

 

Image http://www.eastbelgium.com

GrenzEcho

Grenz-Echo est le quotidien de langue allemande en Belgique. Tiré à 13.500 exemplaires, il traite principalement des informations locales.

Traducteur : Ludovic Pierard
Auteur :
Date de publication : 30/09/2016