Vers une coalition avec le Vlaams Belang ?

29 novembre 2016 | Auteur : | Traducteur : Fabrice Claes | Temps de lecture : 2 minutes

Le Vlaams Belang a beau être devenu un petit parti, il pourra s’avérer incontournable au moment de former une coalition.

Un nouveau tabou s’est brisé dans le monde de la politique belge. Pour la première fois, un membre du gouvernement a affirmé que pour lui, il était possible de former une coalition avec le Vlaams Belang.

Le secrétaire d’État Theo Francken (N-VA) admet avoir un problème personnel avec Filip Dewinter, mais par ailleurs, il n’a aucun reproche moral à adresser au Vlaams Belang. Pour M. Francken, donc, ce fameux cordon sanitaire, qui tient le coup depuis un quart de siècle en Belgique, c’est du passé.

Précisons que le cordon sanitaire n’a pas été imaginé parce qu’on n’aimait pas la coiffure de Filip Dewinter. S’il existe, c’est parce qu’il a fallu s’opposer au programme que proposait son parti. En effet, ce programme porte atteinte à un certain nombre de droits humains fondamentaux. C’était le cas en 1992, et cela reste le cas en 2016.

Le cordon sanitaire n’a jamais poursuivi l’objectif d’écarter une personne. Il sert à refuser une idéologie, qu’elle soit portée par monsieur Dewinter, Van Grieken ou tout autre membre du parti. Le cordon sanitaire avait pour but avoué de rejeter du processus démocratique normal une idéologie condamnable. Filip Dewinter avait, du reste, immédiatement compris que si sa personne était utilisée comme argument, il existait une solution très simple à ce problème : qu’on le case dans une intercommunale, à un poste bien payé, et que la coalition se forme sans lui.

Pourquoi les réactions sont-elles si timides lorsqu’un membre de l’exécutif rejette ouvertement le cordon sanitaire ? En un temps record, les déclarations racistes sont devenues acceptables. En 1992, le racisme à l’état brut était encore un tabou immense mais actuellement, cette trace de civilisation s’efface à une vitesse incroyable. Lorsque Donald Trump, il y a quelques mois seulement, avait fait ses déclarations sur les Mexicains et les citoyens d’origine mexicaine, de nombreux observateurs avaient jugé qu’il n’avait plus aucune chance de devenir président. Cette marque de racisme n’était-elle pas inacceptable ?

Et finalement, les résultats de l’élection ont contredit les observateurs. Trente pour cent des latinos ont même voté pour Trump. Et le New York Times d’affirmer que le racisme paie, et que le tabou disparaît. En France aussi, le Front national réussit de mieux en mieux à se rendre « acceptable » aux yeux de nombreux électeurs, mais aussi de personnalités politiques de la droite démocratique.

Un gendre idéal pour mieux faire passer la pilule

Comme le fait remarquer Theo Francken, le Vlaams Belang a beau être devenu un petit parti, il peut devenir un partenaire incontournable au moment de former une coalition. Cette idée revient comme un leitmotiv : pour mettre en pratique un programme dans son intégralité, il faut une majorité. Et les partenaires nécessaires à la formation de cette majorité peuvent se remplacer facilement. Il y a quelques années, la N-VA draguait encore l’Open VLD et l’aile droite du CD&V pour former une sorte de « Forza Flandria ». Mais les conflits ouverts au sein du gouvernement fédéral indiquent que les déclarations d’amour du début de législature se sont muées en haine amère entre partenaires de coalition. Si la N-VA poursuit ses rêves de majorité absolue, elle va devoir trouver un partenaire à droite de l’échiquier politique.

C’est pour cette raison que Tom Van Grieken, le jeune président du Vlaams Belang, cultive son image de gendre idéal. Comme l’ont démontré les élections américaines, les images, ça se manipule facilement. Puis, il est vrai que si on fait abstraction du programme du parti, plus rien n’empêche la N-VA de former une coalition avec lui.

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Traducteur : Fabrice Claes
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Date de publication : 28/11/2016
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