Trois raisons de douter de la stratégie de Bart De Wever

4 mai 2017 | Auteur : | Traducteur : Sebastien Cano | Temps de lecture : 3 minutes

Spécialiste de la politique communautaire, le professeur Bart Maddens (KULeuven) émet de sérieux doutes sur la stratégie du président de la N-VA, Bart De Wever.

En matière communautaire, la N-VA semble être prise d’une nouvelle agitation : le projet « Objectief V » est sorti de sa longue léthargie la semaine dernière et trois journées d’étude portant sur des thématiques communautaires seront organisées au mois de juin.

Et la N-VA fournit à tous ses cadres un exemplaire gratuit du livre Onvoltooid Vlaanderen (« La Flandre inachevée »), où l’historien Frank Seberechts esquisse l’histoire de la construction de la nation flamande. Qui doit encore être achevée, à en croire le titre.

Une nouvelle… d’actualité ?

Le fait que Bart De Wever conclue cet ouvrage par un plaidoyer pour le confédéralisme est une grande nouvelle à l’heure actuelle. Et remarquable, en soi, puisque le président de la N-VA semble se contenter d’y reprendre les conclusions du congrès de la N-VA qui s’est tenu début 2014.

De plus, il y répète presque littéralement ce qu’il avait écrit aux membres de la N-VA en septembre dernier. À l’époque, il cherchait à rassurer les militants de la base après la crise provoquée par le départ des députés Hendrik Vuye et Veerle Wouter. « Nous devons contraindre les francophones à sortir de leur trou », écrivait-il alors. « Tôt ou tard, cela fonctionnera. Peut-être pas aujourd’hui. Peut-être pas demain. Mais rapidement. »

Par le passé, Bart De Wever avait déjà laissé entendre que sa stratégie s’inscrivait dans le long terme. Pour l’heure, il ne semble pas que le PS soit disposé à engager un virage à 180 degrés en direction du confédéralisme. Mais les choses pourraient changer si la N-VA parvenait à nouveau à mettre la majorité wallonne de gauche hors-jeu en 2019, puis en 2024. Il se pourrait alors que les Wallons soient pris d’un accès de séparatisme, à l’instar des Écossais après plus de dix ans de néolibéralisme thatchérien.

Cette possibilité existe bel et bien. Mais sa portée semble tout de même plutôt réduite. La politique actuelle n’est pas suffisamment marquée à droite pour faire basculer la Wallonie de gauche vers le séparatisme. Les coups de frein tant du CD&V que du MR sont trop importants pour cela.

Et l’on peut se demander si, en 2019, ces deux partis se lanceront à nouveau dans l’aventure kamikaze du gouvernement Michel. Si tant est que cela soit encore possible mathématiquement parlant.

Toujours rebelle, la N-VA ?

Cette stratégie à long terme comporte un autre risque. Les partis évoluent en permanence et la N-VA d’aujourd’hui est déjà nettement moins rebelle que celle de 2010. Le parti est devenu plus fréquentable et s’est intégré au système.

C’est ainsi qu’elle rejette des nationalistes flamands radicaux tels que Hendrik Vuye et Veerle Wouters et qu’elle attire des responsables politiques plus libéraux et plus bourgeois. Si cette évolution se poursuit durant dix ans de plus, la N-VA n’aura plus rien à voir avec le parti national-flamand radical qu’elle a un jour été.

Tout au plus continuera-t-elle d’avoir quelques accents régionalistes, à l’image de l’Union chrétienne-sociale en Bavière.

Le long terme ?

Imaginons que dans un avenir lointain, étouffé par quinze ans de politique flamande de droite, le PS finisse par virer de bord et par réclamer le confédéralisme dans un geste de supplication. La N-VA (si tant est qu’elle s’appelle encore ainsi) en tomberait des nues : « Mais enfin, qu’est-ce qui vous prend, tout à coup ? » Lorsque les partis se mettent à parler de long terme, il faut qu’une sonnette d’alarme retentisse dans l’esprit des citoyens critiques. Car le long terme est le cimetière des idéaux partisans.

L’Open VLD n’a ainsi jamais renié officiellement les idées radicales des manifestes du citoyen de Guy Verhofstadt. : ils étaient uniquement destinés « au long terme ».

Toutefois, les récentes démarches de la N-VA contredisent cette vision d’avenir morose (d’un point de vue flamingant). Avec le livre de Frank Seberechts, le parti semble envoyer à son arrière-ban un message indiquant qu’il ne s’est finalement jamais défait de ses racines nationales-flamandes, en dépit de toutes les apparences laissant entendre le contraire.

La N-VA considère toujours que sa mission consiste à mener à bien la construction inachevée de la nation et de l’État flamands. Et les colloques de juin peuvent servir de levier visant à remettre la thématique communautaire à l’ordre du jour politique (bien) avant les élections.

Mais la question se pose de savoir si ces quelques hirondelles annoncent réellement un printemps national-flamand. Car ce ne serait pas la première fois que les flamingants seraient ainsi induits en erreur par le parti. Rappelons-nous l’annonce spectaculaire du « virage de Vuye », au début de l’année passée, qui n’en avait que l’apparence et a fait long feu.

Sauf si Sander Loones et Matthias Diependaele, les remplaçants des deux députés démis de leurs fonctions, ont profité de cette accalmie pour, en coulisse, transformer le projet « Objectief V 2.0 » en centrale électrique qui enverra des décharges communautaires sur les campagnes de 2018 et de 2019.

C’est encore possible. Mais il faudra le voir pour le croire.

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(c) Tineke

Doorbraak

Doorbraak est un Pure Player très proche du Mouvement Flamand (VVB) édité par l'ASBL Stem in 't Kapittel.

Traducteur : Sebastien Cano
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Date de publication : 02/05/2017
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