Taux d’échec chez les immigrés : la faute aux parents ?

7 mars 2017 | Auteur : | Traducteur : Fabrice Claes | Temps de lecture : 2 minutes

La ministre flamande de l’Enseignement se penche enfin sur le taux d’échec catastrophique des enfants issus de l’immigration, et nous ne pouvons que l’y encourager. En effet, les résultats de la Flandre en la matière sont médiocres. Si l’enseignement demeure l’outil d’intégration par excellence, notre système scolaire, aujourd’hui, n’offre pas les mêmes chances à tous les élèves. De récents rapports de la Commission européenne parlent même de ségrégation. L’enseignement est donc en grande partie responsable du rejet de la différence par notre société, et ce dans de nombreux domaines.

Ce qui surprend, c’est que la ministre Hilde Crevits (CD&V) pointe du doigt les parents. Les enseignants, y compris les plus engagés, expriment depuis un certain temps leur frustration et leur découragement face au manque d’implication des parents immigrés envers l’école ou leurs enfants. Souvent, cela peut s’expliquer par un manque de connaissances linguistiques et générales. Mais la ministre sait à l’évidence que ce retard systématique s’explique également par d’autres facteurs. Citons, par exemple, le système scolaire même, la présence d’écoles poubelles que fuient les professeurs et directeurs qui y travaillent, les pratiques pédagogiques en classe et ce système de relégation qui fait que les enfants immigrés atterrissent très souvent dans l’enseignement professionnel.

Méfions-nous de ce genre de parler-vrai qui ne fait que renvoyer la balle aux immigrés. Avant tout parce que Mme Crevits se contente de crier sur tous les toits ce qu’elle pense, sans proposer la moindre solution concrète. C’est pourtant ce que nous sommes en droit d’attendre d’une ministre spécialisée en la matière, qui met le doigt sur un problème important. C’est elle qui est aux commandes. Qui contesterait des mesures qui encourageraient les parents à s’impliquer davantage et à apprendre le néerlandais ? Pourtant, Hilde Crevits préfère faire de la politique comme le font les présidents de partis : elle se contente de faire des déclarations choc dans le seul but de définir la place de son parti sur l’échiquier politique.

Nous voilà donc revenus à ce que la politique a de plus mesquin à offrir. Cette fois-ci, c’est une grosse pointure du CD&V qui montre les muscles en matière d’identité et de migration.

Ses déclarations sont totalement interchangeables avec celles des trois autres partis (N-VA, Open VLD et SP.A) qui, avant elle, ont appelé à « oser affirmer notre identité flamande, nos normes et nos valeurs ». Aujourd’hui, « oser affirmer » n’a plus rien d’audacieux, tout le monde le fait. Mme Crevits se dit fière de ses racines, mais on ne l’entend pas sur la manière dont elle compte remédier à l’échec cuisant de l’enseignement envers les enfants immigrés.

Le CD&V a donné l’impression, ces deux dernières années, de garder la tête froide en matière d’immigration. Le président du parti, Wouter Beke, répétait à l’envi « Wir schaffen das » (Nous y arriverons), une expression utilisée par Angela Merkel dans le cadre de l’accueil des migrants. Peut-être le CD&V s’imagine-t-il pouvoir désormais tourner sa veste après le revirement de la chancelière allemande. Mais en Allemagne, il n’y a pas de N-VA.

Soit le CD&V met du temps à se faire une opinion, soit il piétine sans vergogne ses propres principes. Dans un cas comme dans l’autre, le parti a perdu toute crédibilité.

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Enseignement : taux d'échec chez les immigrés : la faute aux parents ?

De Standaard

Tiré à environ 100.000 exemplaires, De Standaard était à l’origine un quotidien conservateur. Quotidien généraliste de référence, il est édité par Mediahuis.

Traducteur : Fabrice Claes
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Date de publication : 06/03/2017
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