Lutte anti-terrorisme: les idées de De Wever et de Mayeur tiennent-elles la route?

24 mars 2017 | Auteur : | Traducteur : Sebastien Cano | Temps de lecture : 2 minutes

Professeur à l’Université de Gand et criminologue, Brice De Ruyver a occupé le poste de conseiller en sécurité auprès des derniers gouvernements qui se sont succédé. Que pense-t-il de la vision des bourgmestres en la matière ? 

Le président de la N-VA et bourgmestre d’Anvers, Bart De Wever, a publié mercredi (avant l’attentat de Londres) une tribune pour le moins singulière dans laquelle il prône à nouveau l’instauration d’un cadre légal pour un état d’urgence. Ce dernier est temporaire et donne notamment aux bourgmestres des compétences qui sont, en temps normal, exclusivement réservées à la justice, par exemple la détention de suspects. Mercredi également, le bourgmestre de Bruxelles, Yvan Mayeur (PS), a accordé à De Morgen un entretien dont il ressort que sa vision de la lutte contre le terrorisme diverge sensiblement des opinions courantes en Flandre.

À propos de Bart De Wever

« Indépendamment des problèmes juridiques, je me demande, en tant que criminologue, quelle est la valeur ajoutée de l’état d’urgence dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. En France, il est en vigueur depuis quelque temps déjà. La menace s’est-elle affaiblie pour autant ? Cela ne semble pas être le cas. A-t-il permis aux pouvoirs publics d’entreprendre des actions qui auraient été impossibles autrement ? Rien ne semble l’indiquer. Ce qui est sûr, c’est que l’on place le système judiciaire hors jeu : on crée une situation d’exception. Et si l’on sait toujours quand il commence, quand prend-il fin ? Quel homme politique oserait prendre ce risque, sachant qu’un attentat peut être commis à tout moment, comme cela vient d’être le cas en Angleterre ? On crée donc une situation semi-permanente. »

« Je suis favorable à ce que la détention administrative soit portée à 72 heures pour les cas de terrorisme, mais nous devons nous garder d’appliquer des mesures qui ne présentent aucune valeur ajoutée et qui nous poussent en dehors des limites de l’État de droit. Par exemple lorsqu’un bourgmestre fait incarcérer un individu et qu’un juge n’intervient que plus tard. »

« L’idée de tribunaux particuliers pour le terrorisme me met mal à l’aise. Bart De Wever est un historien brillant et doit donc savoir que les tribunaux d’exception ont toujours été instaurés lors des périodes les plus sombres de la démocratie. Que l’on se rappelle les “tribunaux du peuple” de l’Allemagne nazie ».

« La grande majorité de ceux qui se rendent en Syrie sont des criminels ordinaires totalement illuminés qui, une fois sur place, donnent libre cours à leurs pulsions violentes et sexuelles. Il faut se garder de les comparer à des terroristes portés par une véritable idéologie tels que ceux de la Fraction armée rouge : ils ne le méritent pas. »

À propos d’Yvan Mayeur

« Il est évident que la perception du monde d’Yvan Mayeur est très différente. Et les faits nous enseignent qu’en définitive, sa vision n’est peut-être pas la bonne. À Bruxelles, les responsables politiques concernés n’ont jamais rendu de comptes sur la dégradation systématique d’une série de quartiers ces vingt à trente dernières années. La situation a d’abord dévié sur le plan de la criminalité, puis du terrorisme. »

« Voilà de longues années que l’on entend uniquement des appels à bénéficier de “plus de moyens”. Des ressources supplémentaires qui sont bien là, du reste : 25 millions d’euros en plus pour les sommets européens, par exemple. »

« Dans la région bruxelloise, on observe une incapacité à s’attaquer au problème structurel de la sécurité ainsi qu’au terreau sur lequel il se développe.

Mais avec le découpage actuel, c’est tout bonnement impossible : 19 communes et six zones de police, les premières étant trop nombreuses et les secondes n’ayant pas assez de moyens. Ensemble, elles regroupent plus de 5 000 fonctionnaires : il devrait bien être possible d’agir. »

« Une dernière observation — et il y a de quoi s’insurger : pour stérilise le terreau dont je parlais, il est fondamental de donner du travail aux jeunes peu qualifiés. Et on trouve de tels emplois à Zaventem. Or qui vient mettre en cause l’aéroport en raison des normes acoustiques ? La ville de Bruxelles ! »

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Gazet van Antwerpen

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Traducteur : Sebastien Cano
Auteur :
Date de publication : 23/03/2017