Pourquoi le score de Marine Le Pen peut susciter l’optimisme

8 mai 2017 | Auteur : | Traducteur : Fabrice Claes | Temps de lecture : 3 minutes

Le dimanche 8 octobre 2006, Filip Dewinter et son Vlaams Belang avaient recueilli 33,5 pourcents des suffrages aux élections communales anversoises, un score inédit pour le parti d’extrême droite. Pourtant, ce soir-là, c’est en tant que perdant que le fer de lance du VB est entré dans l’histoire, car son principal rival avait fait encore mieux que lui. Depuis lors, Dewinter et son parti ne se sont jamais remis de ce revers.

La chute de Dewinter peut fournir une réponse à ceux qui ne savent quelle conclusion tirer des élections françaises. Comment réagir ? Faut-il se réjouir de la victoire étonnamment écrasante du social-libéral Emmanuel Macron face à la populiste d’extrême-droite Marine Le Pen ? Ou bien faut-il regarder d’un œil inquiet le résultat record du Front National ?

L’exemple de Dewinter peut nous éclairer : un soir d’élections, seule la victoire compte. Celui qui perd, même avec un résultat record, reste un perdant.

Après le Brexit, mais encore plus après le hold-up démocratique de Donald Trump sur le système politique américain, on a consacré – à juste titre – beaucoup d’attention et d’inquiétude au populisme de (l’extrême) droite, qui constitue une menace pour le bien-être et la paix en Europe. Comme si une loi d’airain avait voulu que les brutes populistes vainquent notre frêle démocratie. Aujourd’hui, nous pouvons souffler : la digue robuste qui protège notre Europe libérale a tenu le coup.

En Autriche, le candidat d’extrême-droite a été battu de justesse lors d’élections présidentielles symboliquement importantes. Aux Pays-Bas, toute l’attention du monde a réussi à rendre Geert Wilders inoffensif pour le système. En France, Marine Le Pen a subi le même sort. En Allemagne aussi, le feu du populisme de droite s’éteint de nouveau. Quant à Nigel Farage, on n’en parle même plus.

Cette conclusion est audacieuse, certes, et très probablement prématurée. Ceci dit, on dirait bien que le populisme, de gauche comme de droite, se heurte toujours à un plafond dans les démocraties occidentales, avec une exception bien compréhensible : la Grèce en ruine. Si cette conclusion s’avère exacte, cela voudra dire que Donald Trump n’est pas le pionnier d’un printemps populiste mais un accident de l’histoire qu’ont permis les erreurs de son adversaire et les failles du système électoral américain.

Faut-il pour autant négliger les 11 millions de voix pour Le Pen ? Non, ce serait extrêmement idiot.

Une fois encore, l’exemple d’Anvers en 2006 suscite l’optimisme. La dangereuse montée de l’extrême-droite avait alors débouché sur un renouveau et une amélioration de la gestion de la ville. Puis, elle a mené à un changement de majorité, ce qui n’est pas mauvais en soi dans un système d’alternance entre pouvoir et contre-pouvoir. La menace populiste n’est-elle pas de nature à revivifier un système politique qui s’embourbe ? Que penser du populisme en tant que défibrillateur de la démocratie ? La question a de quoi déranger, mais elle n’en est pas moins intéressante.

On peut espérer du président Macron qu’il mettra un sacré coup de pied dans la fourmilière des institutions françaises sclérosées. C’est en tout cas un mandat clair qui lui est donné. Le gouvernement Macron rompra-t-il avec le système politique classique et sans issue, ou sera-t-il le président de la continuité sous une couche de peinture fraîche ? Son CV, en tout cas, n’engendre pas un enthousiasme débordant à cet égard. Mais qui sait ? Peut-être que cette fois-ci, nous aurons affaire à un homme politique qui respectera sa parole.

Réussira-t-il là où ses prédécesseurs expérimentés, de gauche comme de droite, ont échoué ? Cela reste à prouver. La forte abstention démontre à l’évidence que le président a encore bien des cœurs et des esprits à conquérir. Tout dépendra sans doute du soutien sur lequel pourra compter son parti nouveau-né lors des élections législatives qui approchent.

Bien qu’Emmanuel Macron, le libéral progressiste, ne soit pas l’avenir de la gauche européenne, il pourrait bien offrir à la France l’avenir dont elle a besoin. S’il tient sa promesse de réformer l’UE, il sera bien plus utile à la gauche que François Hollande l’a jamais été.

Aussi, nous savons depuis cette campagne électorale que des candidats comme Jean-Luc Mélenchon ne peuvent pas incarner l’avenir de la gauche. En effet, celui qui, dans des circonstances aussi particulières, ne parvient pas à former un front contre l’extrême-droite, n’est rien d’autre qu’un détail de l’histoire.

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Traducteur : Fabrice Claes
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Date de publication : 08/05/2017
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