La politique à Bruxelles : aussi pourrie que ses tunnels

30 juin 2017 | Auteur : | Traducteur : Fabrice Claes | Temps de lecture : 3 minutes

Evert van Wijk est l’auteur de plusieurs ouvrages sur les différences culturelles entre la Belgique et les Pays-Bas. Son dernier livre en date s’intitule « Valse vrienden » (Faux amis). Il édite également le site www.cultuurverschillenbelgienederland.nl .

Bruxelles est-elle politiquement aussi pourrie que ses tunnels ? Il faut le reconnaître : il a suffi d’un an et demi pour que l’image de Bruxelles, si prompte à s’afficher en capitale de l’Europe, explose de toutes parts. La cause ? Très probablement une question de culture.

Bruxelles va mal. L’année passée, la ville a été qualifiée par toute la presse européenne de capitale du djihadisme, alors que traverser les tunnels bruxellois représentait un risque encore plus grand pour notre vie, tellement ceux-ci tombaient en ruine après des années de négligence.

Trop is te veel

Depuis longtemps, la mauvaise gestion de la capitale n’est un secret pour personne. Tout le monde, en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles, en est conscient. Et depuis les attentats terroristes, cette réalité s’est dévoilée aux yeux du monde entier. Comment développer une politique appropriée en matière de lutte antiterroriste lorsque la ville ne compte pas une, mais six zones de police ? Et comment ne pas se rendre compte de cette mauvaise gestion lorsque des politiciens se servent à l’envi dans les caisses du contribuable, voire dans celles destinées aux plus faibles d’entre nous, à savoir les sans-abris ? Heureusement, tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle éclate. Même à Bruxelles, on se dit que trop is te veel. Conséquence : des têtes doivent tomber. Peu importe si Bruxelles et toute la Belgique francophone en deviennent ingérables.

Bien sûr, aux Pays-Bas aussi, on trouve de la corruption. Mais comme les Pays-Bas sont gérés de manière bien plus transparente, les cas sont beaucoup moins nombreux. Le calvinisme néerlandais joue aussi un rôle en la matière. Aux Pays-Bas, les principes moraux se retrouvent à tous les niveaux de la société, tandis les Belges, eux n’ont que faire de l’éthique. Ils sont plus anarchistes. Plus complaisants avec leur nation et leurs dirigeants. Ils ne montent pas vite aux barricades. Ils préfèrent dire oui à leurs dirigeants pour mieux leur désobéir. C’est sans conteste ce qui résulte d’une histoire marquée par de nombreuses occupations. Mais lorsqu’on ne faisait pas ce qui était imposé par les puissants du moment, on pouvait le payer cher.

Les Belges et les Flamands plus pragmatiques que les Néerlandais

Non seulement les Flamands s’encombrent moins du respect de principes moraux, mais ils sont aussi souvent plus pragmatiques que les Néerlandais. Par exemple, lorsque le roi Baudouin, en bon catholique, n’a pas voulu signer la loi dépénalisant l’avortement, il s’est fait porter pâle pendant quelques heures afin de ne pas devoir apposer sa signature au bas du document. Aux Pays-Bas, ce serait tout simplement inimaginable.

Parfois, le manque d’éthique peut entraîner des conséquences néfastes. Surtout lorsque l’immoralité en arrive à un point tel qu’elle suscite l’indifférence. Par exemple, nul n’ignore en Belgique que les politiciens du pays ont tous de nombreux autres emplois, qu’ils cumulent sans vergogne. En d’autres termes, nous savons très bien que la politique, bien plus ici qu’aux Pays-Bas, est avant tout une question de vénalité. Et personne ne s’en offusque. On avale, on évacue et tout reste en l’état.

Bruxelles gravement malade

Si la mauvaise gestion de Bruxelles soulève une telle indignation de la part de la société, c’est parce qu’il y a des limites à tout. Cependant, je prévois que l’indignation sera de courte durée. Comme trop souvent, la flamme aura très vite fait de s’éteindre. Après avoir vécu 30 ans en Belgique, j’ai bien remarqué que c’est ce qui se passe toujours. Pourtant, tout le monde sait en Belgique que la politique bruxelloise est gravement malade depuis de nombreuses années. Selon un rapport récent de la VUB, la Région de Bruxelles-Capitale compte 166 ministres, bourgmestres, échevins et présidents de CPAS. C’est environ autant qu’Anvers (64), Berlin (71) et Paris (42) ensemble.

Quoi qu’il en soit : si le sens de l’éthique peut vite s’avérer importun, cela ne dérange pas les Belges. Mais parfois, un peu moins d’indifférence vis-à-vis de nos politiques et de nos institutions ne nous ferait pas de tort.

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Doorbraak

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Traducteur : Fabrice Claes
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Date de publication : 24/06/2017
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