Pensions : sauvez votre peau !

26 septembre 2016 | Auteur : | Traducteur : Guillaume Deneufbourg | Temps de lecture : 2 minutes

Un ministre des Pensions qui recommande chaudement à ses citoyens de veiller eux-mêmes à la constitution d’une épargne solide pour leur pension s’assimile à un terrible aveu d’impuissance.

« Œuvrez à votre salut » : cette phrase aux allures de commandement trône sur la façade d’une ancienne meunerie d’Alost, détenue jadis par la coopérative agricole du même nom. Et depuis peu, elle incarne aussi la position de Daniel Bacquelaine, notre ministre des Pensions. En donnant ce conseil à ses citoyens, le ministre MR admet ouvertement que les autorités ne sont plus en mesure de garantir une pension légale décente à sa population active. Mais pas de panique : il a une solution ! Les travailleurs peuvent convenir avec leur employeur de sacrifier une éventuelle augmentation salariale pour contribuer davantage au système des pensions. Il envisagerait même de créer un incitant fiscal à cette fin.

Cette proposition témoigne d’une terrible impuissance. Voire d’une capitulation. Le ministre admet sans détour son incapacité à mettre en place une réforme des pensions garantissant à tous les Belges une retraite décente.

Les lignes directrices d’une bonne réforme des pensions sont pourtant connues. Elles ont été plusieurs fois formulées par nombre d’experts dans le cadre de commissions successives. Le groupe qui paie des contributions au système doit être élargi et le groupe des titulaires de ce même système doit être réduit. Et pour y parvenir, il faut augmenter le nombre de travailleurs actifs et relever l’âge légal de la pension. Il conviendrait aussi de supprimer les régimes préférentiels dont bénéficient certains groupes, que ce soit vis-à-vis de la retraite anticipée ou du droit à une pension de retraite anormalement élevée.

C’est aussi simple que cela. C’est même une nécessité, dans l’intérêt général. Pourtant, les partis politiques n’osent pas franchir le pas, par crainte de la désapprobation de la population. Il se trouve que tout le monde aspire à une retraite dorée, mais que personne ne veut faire d’efforts pour y arriver. Pour trancher le nœud gordien, voici donc la solution du ministre : débrouillez-vous ! Les pouvoirs publics resteront quand même disposés à vous offrir une aide fiscale indirecte. Quelle générosité ! Mais il n’en reste pas moins que l’État manque à l’une de ses missions essentielles. Pourquoi les Belges payent-ils donc autant d’impôts, autant de cotisations sociales, si c’est pour s’entendre dire qu’ils doivent eux-mêmes épargner pour leur retraite ?

D’autant qu’ils le font déjà, car ils ne sont pas stupides. La hauteur de l’épargne dans ce pays témoigne de la méfiance de la population à l’égard des belles promesses des pouvoirs publics. En plus de la pension légale, on retrouve un deuxième pilier, de plus en plus populaire : l’assurance épargne-pension complémentaire ou le fonds de pension au niveau des entreprises. Vient ensuite le troisième pilier des épargnes-pension individuelles, sans oublier le pourcentage élevé de propriétaires d’une habitation, qui peut également être considéré comme une forme d’épargne-pension.

Les pouvoirs publics s’estiment donc en droit de faillir à leurs obligations et nous demandent de nous charger nous-mêmes de notre retraite. Très bien. Mais alors, ils ne doivent pas s’arroger le droit de venir se servir dans notre épargne via un impôt sur la fortune. Marché conclu ?

Dans l’ancienne meunerie d’Alost, des lofts ont été aménagés. Investir dans un immeuble de placement est une autre manière de se constituer une réserve pour sa retraite. La fonction du bâtiment a changé, mais le commandement de sa façade, « Œuvrez à votre salut », reste plus que jamais d’application.

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(c) Geralt

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Traducteur : Guillaume Deneufbourg
Auteur :
Date de publication : 23/09/2016