Les féministes portent ce qu’elles veulent bordel

8 mars 2017 | Auteur : | Traducteur : Virginie Dupont | Temps de lecture : 2 minutes

Heleen Debruyne est écrivaine et chroniqueuse. Elle travaille pour la station de radio Klara et propose, avec Anaïs Van Ertvelde, une émission en podcast sur le sexe et le physique : vuilelakens.be.

C’est reparti, ai-je soupiré face aux réactions virulentes qui ont envahi la Toile sur le cliché topless d’Emma Watson. L’actrice qui se targue d’être féministe et lutte contre l’inégalité salariale a été l’objet de nombreuses critiques de la part des internautes, qui l’accusent de jouer un double jeu. Son apparition à moitié nue dans Vanity Fair lui a valu un procès en hypocrisie de son propre clan. Les féministes inconditionnelles voient rouge : une féministe digne de ce nom ne doit pas attirer l’attention avec son corps, cela tend à promouvoir des idéaux de beauté irréalistes qui sont créés majoritairement par et pour les hommes.

Cette discussion au sein du féminisme ne date pas d’hier et c’est pourquoi elle est éreintante. Dans les années septante, les femmes se crêpaient déjà le chignon à propos des corps nus, provoquant un débat qui a touché le fond sous le nom des porn wars. D’un côté, les féministes anti-porno considéraient que les films et magazines pornographiques appartenaient au patriarcat et qu’ils avaient été créés par et pour les hommes, montrant les corps des femmes comme des objets qu’on utilise puis qu’on jette.

De l’autre, se dressaient les féministes « pro-sexe » qui estimaient que la révolution sexuelle et de meilleures méthodes contraceptives avaient favorisé une plus grande liberté sexuelle, mais que la liberté en soi n’était qu’une coquille vide. Les femmes devaient participer activement à la définition de ces nouvelles libertés, notamment à l’aide d’un matériel visuel érotique et féministe. Les féministes peuvent donc faire ce qu’elles veulent de leur corps, même si cela revient à se trémousser nue autour d’une barre.

Le corps de la femme reste un terrain brûlant

Ces porn wars n’ont jamais vraiment été résolues. En dehors de la pornographie, les discussions relatives au corps de la femme continuent de faire grand bruit. Ce sujet reste un terrain brûlant, comme le prouve le tollé déclenché par cette photo très courageuse somme toute d’Emma Watson. À l’autre extrémité, l’éternel débat sur le port du voile est tout aussi fatigant. Certaines féministes ne cautionnent pas que l’on puisse se revendiquer féministe et se couvrir la tête ; pour d’autres, il n’est pas acceptable de défendre la cause féministe et de se déshabiller.

Le débat sur ce que les femmes font de leur corps donne d’emblée lieu à une discussion philosophique sur le libre arbitre. Emma Watson est une femme d’affaires futée devenue richissime. Pour réussir comme actrice, elle doit évoluer dans une industrie qui collectionne les photos coquines des beautés classiques, mais en a-t-elle sincèrement envie ?

La même question s’applique aux femmes qui portent le voile : dans quelle mesure s’agit-il d’un choix du cœur ? Nous pourrions jouer aux philosophes de comptoir pendant des heures, mais sans loi en la matière (comme en Iran par exemple), il n’est pas possible de vérifier si une telle décision est prise de manière indépendante.

L’oppression des femmes constitue sans aucun doute un réel problème. Les médias traditionnels et l’industrie cinématographique véhiculent en effet des idéaux de beauté qui sont impossibles à atteindre et qui rendent malheureux. Notre société doit y réfléchir. Mais blâmer une femme qui utilise son corps d’une façon qui vous déplaît ne permet à personne d’avancer. La manière dont une femme présente son corps devrait être distincte de ses discours et de ses idéaux. Ou pour le formuler à la Gloria Steinem : Feminists can wear anything they fucking want.

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Traducteur : Virginie Dupont
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Date de publication : 07/03/2017
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