Cannabis: De Block ouvre la boîte de Pandore

16 juin 2015 | Auteur : | Traducteur : Gregory Blauwers | Temps de lecture : 2 minutes

Maggie De Block aurait-elle ouvert la boîte de Pandore ? On aurait pu le croire un instant avec la légalisation de Sativex, un spray buccal à base de “cannabis thérapeutique”. Ou de “marijuana médicale” – mediwiet, en néerlandais. Ou encore de “cannabis pharmaceutique”. Quel que soit le terme choisi, il montre clairement que “médicaliser” le cannabis, ce n’est pas le “légaliser”.

« Mediwiet »

marijuana médicale en néerlandais et titre de l’article original

Le Sativex n’a rien à voir avec la culture de petites plantes ou le roulage de joints. C’est un aérosol contre les spasmes, pour les patients atteints de sclérose en plaques : il sera bientôt vendu en pharmacie et remboursé. Rien de plus. Mais rien de moins non plus. Il s’agit bel et bien d’un tournant dans l’histoire de notre pays.

L’Etat belge reconnaît donc – notamment après la France et les Pays-Bas – que le cannabis peut soulager les symptômes de certaines maladies ou affections. Les patients eux-mêmes le savaient déjà depuis belle lurette, on en parlait sur les forums Internet, mais la loi restait muette. Selon la ligue nationale belge, certains patients atteints de sclérose en plaques devaient cultiver secrètement leur cannabis chez eux pour soigner leurs symptômes. Epargnons-leur donc cela, ils ont suffisamment de soucis.

C’est donc un premier pas dans une nouvelle direction. Mais quelle sera la prochaine étape ? Ce n’est qu’en faisant le premier pas que l’on se rend compte de l’étendue du chemin à parcourir. La boîte de Pandore. D’autres patients ont réagi rapidement à l’annonce faite hier, réclamant eux aussi l’accès au cannabis médical : des gens qui souffrent d’épilepsie, de nausées après une chimiothérapie, de douleurs chroniques…

Que va-t-on faire de l’huile de cannabis ? Pourquoi commercialise-t-on uniquement un spray buccal ? Les patients devront attendre, ce qui semble plutôt injuste.

L’approche systématique du dossier par Maggie De Block se justifie. Le but n’est pas de voir éclore un nouveau trafic de drogues fantomatique, sous prétexte que “c’est pour la santé des gens.” Le cannabis comporte tout simplement trop de risques. Que l’industrie pharmaceutique en garantisse d’abord la sécurité, comme pour tout autre médicament. Pour le Sativex, cette preuve a déjà largement été fournie.

Pour le reste, Maggie De Block analyse, ou elle attend. C’est aussi sa mission de tenir en bride une industrie pharmaceutique qui, avec le cannabis médical, entend bien trouver une nouvelle source de revenus.

Il y a là un enchevêtrement d’intérêts, mais Maggie De Block semble bien avoir l’intention de démêler ce nœud.

Car la feuille de cannabis ou du moins les médicaments dérivés sont de l’or végétal pour l’industrie pharmaceutique. En France, le gouvernement est déjà en délicatesse avec un producteur à cause de prix trop élevés. Derrière les médicaments se cachent des entreprises cotées en bourse qui veulent augmenter la valeur de leur action. Et c’est là que le bât blesse. D’aucuns préféreraient que leur bien-être reste sous leur propre contrôle, avec leur propre plante, au lieu d’enrichir les géants de la pharmacie. Il y a là un enchevêtrement d’intérêts, avec en toile de fond la “War on drugs” [ndlr : la guerre contre la drogue, en anglais dans le texte]. Mais Maggie De Block semble bien avoir l’intention de démêler ce nœud.

L’article en V.O. dans Het Laatste Nieuws, édition du Weekend du 13 et 14 juin, page 2.

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photo : Wikipedia, Jon Richfield

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