Kazakhgate : la menace populiste en l’absence d’un signal fort

25 novembre 2016 | Auteur : | Traducteur : Guillaume Deneufbourg | Temps de lecture : 2 minutes

Maintenant que les noms de Didier Reynders (MR), de Steven Vanackere (CD&V) et de Stefaan De Clerck (CD&V) sont venus s’ajouter à celui de l’orgueilleux Armand De Decker (MR), élu politique accusé de lobbying, la majorité gouvernementale ne peut plus faire la sourde oreille face aux appels l’exhortant à constituer une commission d’enquête parlementaire. Après Nicolas Sarkozy, la princesse Léa de Belgique et l’Ordre de Malte, c’est à se demander quels autres personnages pourront encore rejoindre ce thriller hollywoodien. Le Roi ? Le Vatican ? Michel Nihoul ? Au point où nous en sommes, on peut désormais s’attendre à tout, dans une affaire qui empeste les sérails politiques de Uccle à Astana.

De prime abord, plusieurs raisons donnent à penser qu’il n’est pas judicieux de mettre sur pied une nouvelle commission d’enquête.

1. Si le milliardaire ouzbek Chodiev a effectivement soudoyé le système politique et judiciaire pour échapper à une lourde condamnation pour pratiques frauduleuses en Belgique en précipitant l’adoption de la loi sur la transaction en matière pénale, c’est plutôt devant un tribunal, et non par la Chambre, que le(s) présumés coupable(s) doi(ven)t être entendus. Ils seront alors condamnés à la prison et au déshonneur, et nous épargnerons un nouveau match de boxe entre majorité et opposition.

2. Les experts juridiques de la Chambre (ils ne se comptent pas par douzaines) ont déjà plus qu’à faire avec les commissions d’enquête existantes sur les attentats du 22 mars et l’affaire Optima, et les commissions parlementaires spéciales sur les Panama Papers et la lutte contre le terrorisme. À la longue, le parlement se met si souvent dans la peau du juge d’instruction qu’il ne fait même plus ce à quoi il est destiné : promulguer des lois. Et de préférence des lois exemptes d’erreurs et hermétiques aux pressions extérieures (suivez mon regard…)

3. Le risque que cette commission se transforme en fiasco est réel. Armand De Decker a beau être un homme politique, dans cette affaire, il a surtout porté sa casquette d’avocat. Un juriste qui facture 2.000 € de l’heure, et qui est manifestement sujet à une étrange perte du sens des valeurs, deviendra malgré tout intouchable s’il invoque le secret professionnel. Par ailleurs, le risque est faible, dans cette affaire, que les membres de la majorité se volent dans les plumes. La N-VA est le seul parti qui était dans l’opposition à l’époque, et on voit mal Bart De Wever s’acharner sur la maille tirée d’un pull effiloché s’il sait que le fil le mènera tout droit aux pontes du MR, son seul véritable ami au sein du gouvernement.

Pourtant, le monde politique a l’obligation de réagir. Il en va de sa réhabilitation. À une époque où le gouvernement demande des efforts énormes au citoyen moyen, et où les réfugiés économiques sont assimilés à des « touristes sociaux », il est tout simplement scandaleux qu’un homme d’affaires ouzbek douteux puisse acquérir la nationalité belge sans parler un mot de français ou de néerlandais, et qu’il puisse ensuite échapper à une lourde peine de prison en ouvrant simplement un carnet d’adresses bien fourni. En cautionnant de telles pratiques, qui traduisent une telle injustice, il ne faudra plus s’étonner que plus personne ne soutienne un projet comme la loi sur les transactions pénales, pourtant parfaitement défendable sur le plan juridique. Pire encore: il ne faudra pas être surpris de voir nos citoyens, pétris d’indignation et de colère, se précipiter dans les bras des populistes et des extrêmes de tous bords.

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Traducteur : Guillaume Deneufbourg
Auteur :
Date de publication : 24/11/2016