Extension de Brussels Airport : un scénario Doel bis en vue

24 novembre 2016 | Auteur : | Traducteur : Thomas Lecloux | Temps de lecture : 3 minutes

Si Brussels Airport met son master plan à exécution, d’innombrables familles en pâtiront. Henk Cuypers met en garde face aux intentions cachées du plan.

Le « master plan 2040 » de Brussels Airport Company (BAC), la société gestionnaire de l’aéroport, ambitionne d’étendre l’aéroport, pas tant au niveau des mouvements de vol, mais plutôt au niveau du nombre de passagers. Les quelque 23 millions de passagers annuels qui fréquentent l’aéroport actuellement devront être au moins 40 millions, soit près du double, en 2040 (De Standaard, 17 novembre).

Cette augmentation du volume de passagers (et de fret) nécessite une extension des infrastructures, affirme BAC. Le master plan prolongerait la piste 25L, qui en deviendrait la plus longue d’Europe. Et cela dans une région aussi densément peuplée que la Flandre.

Mais l’aéroport de Zaventem a-t-il vraiment un problème de capacité ? Que nenni. En 2000 – juste avant la débâcle Sabena –, Zaventem comptait 340 000 mouvements de vol. En 2015, ce chiffre était tombé à 240 000, soit 100 000 de moins. Quelle est alors la véritable raison de ce projet mégalomane ?

Tout tourne autour des normes anti-bruit bruxelloises, ancrées depuis 1999 dans un arrêté du gouvernement bruxellois, mais qu’un jugement vient à peine de rendre exécutoires. Les avions bruyants qui survolent Bruxelles reçoivent dorénavant des amandes salées. C’est pourquoi les compagnies aériennes font pression sur BAC pour déplacer les plans de vol passant au-dessus de la capitale. En prolongeant la piste 25L, BAC déplacera l’aéroport vers l’est. Ainsi, tous les avions pourront survoler exclusivement la Région flamande. En Flandre, pas de normes anti-bruit, donc pas d’amendes.

Une piste de décollage supplémentaire

Officiellement, BAC met deux scénarios sur la table : soit le prolongement de la piste 25L d’un petit kilomètre, soit l’aménagement d’une voie de circulation parallèle tout le long de cette même piste. Mais les intentions cachées de BAC vont bien plus loin.

La société gestionnaire de l’aéroport veut d’abord obtenir la voie de circulation, puis cinq ans plus tard le prolongement, après quoi le champ sera libre pour construire une nouvelle piste de décollage transversale, à nouveau dans l’espace ouvert situé à l’est de l’aéroport actuel.

Marc Descheemaecker, président du conseil d’administration de BAC, et Eddy Van de Voorde, économiste des transports, défendent le master plan en vertu de l’adage purement économique selon lequel « s’arrêter, c’est reculer ». Ils affirment qu’outre le nombre de passagers, le nombre d’emplois autour de l’aéroport va également doubler. C’est probablement la raison pour laquelle l’aéroport réclame maintenant un embranchement direct de la E40 passant au milieu d’une zone résidentielle et d’un nouveau site d’activité économique.

Sommes-nous contre les emplois ? Aucunement. Mais la zone d’activité économique qui existe déjà à Zaventem compte beaucoup de cellules vides.

Avantages et inconvénients

À une époque où les rapports sur les effets environnementaux et les plans d’exécution spatiaux font pleinement partie du processus démocratique usuel, les habitants des communes touchées demandent la tenue d’une enquête sur l’impact de tous ces plans, tant sur l’emploi que sur l’environnement.

Cela montrera à quel point la déclaration de l’économiste des transports précité, qui parle de l’expropriation d’un « petit terrain », est hallucinante. En réalité, ce master plan attente au seul espace ouvert de la région.

Le pire, ce sont les conséquences sociales. L’extension vers l’est entraînera un déplacement drastique des avantages et des inconvénients de l’aéroport. À Bruxelles les avantages, à la périphérie flamande les inconvénients.

Le prolongement proposé de la piste 25L sera le coup de grâce pour les villages d’Erps-Kwerps et d’Humelgem.  À Zaventem aussi, les nuisances augmenteront. Depuis des décennies, les habitants s’y installent en fonction des pistes et des plans de vol empruntés. Avec ce plan, l’aéroport fait fi de toutes les règles du jeu. Les prix des terrains à bâtir dans la région touchée s’effondrent. Des milliers d’habitants voient leur logement perdre de la valeur. Ces villages deviennent invivables et filent vers un scénario à la Doel.

Une manœuvre qui ne trompe personne

Reste à aborder la question du climat. Un consensus mondial dit qu’il faut interdire les carburants fossiles d’ici 2040, le master plan 2040 de BAC prévoit exactement l’inverse. Mais peut-être les avions survoleront-ils la mer en 2040 ?

BAC tente d’amadouer les riverains en proposant d’organiser un dialogue avec 60 d’entre eux, soigneusement sélectionnés par un bureau de consultance. Nous ne marchons pas dans cette manœuvre qui ne trompe personne. Par un forum citoyen, nous voulons informer au maximum les citoyens et unir nos forces à celles des administrations communales pour arrêter ce plan mégalomane.

Les partis politiques flamands doivent torpiller le master plan et commencer par élaborer une loi sur le survol pour donner aux citoyens une sécurité juridique. Voilà la première des priorités, avant que l’aéroport ne nous impose ce projet asocial.

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(c) Brussels airport

De Standaard

Tiré à environ 100.000 exemplaires, De Standaard était à l’origine un quotidien conservateur. Quotidien généraliste de référence, il est édité par Mediahuis.

Traducteur : Thomas Lecloux
Auteur :
Date de publication : 23/11/2016