Droits des femmes en Arabie saoudite : la soumission des Belges

28 avril 2017 | Auteur : | Traducteur : Fabrice Claes | Temps de lecture : 2 minutes

Les jeunes socialistes flamands mettent en vente leur propre papier toilette. Recouvert d’images représentant Donald Trump, il se destine à tous ceux à qui – je cite – « les actes et paroles de Donald Trump donnent la chiasse ». Ce papier s’achète en ligne au prix de trois euros le rouleau. Une belle commission sur les grandes commissions, certes, mais les bénéfices reviennent à la lutte contre la famine au Sud-Soudan.

Cette action de protestation ludique n’a pas grand-chose de rebelle. En effet, il n’est nul besoin d’être jeune ou socialiste pour reconnaître que Donald Trump n’est en rien un exemple en termes de respect des immigrés, des musulmans ou des femmes. S’ils sont vraiment courageux, ces jeunes socialistes, s’ils veulent vraiment montrer que leur indignation n’est pas sélective, qu’ils impriment du papier WC à l’effigie du président turc, qui a emprisonné hier encore mille de ses citoyens et qui se fend d’expliquer à ses concitoyens combien d’enfants doit avoir une bonne musulmane pour la gloire et l’honneur de la patrie, à savoir trois pour celles qui résident en Turquie et cinq si elles vivent à Genk ou à Gand. S’ils ont vraiment du cran, ces jeunes socialistes, et s’ils luttent sérieusement pour les droits humains, qu’ils fassent imprimer du papier WC à l’effigie du roi saoudien, qui traite les femmes comme une espèce animale inférieure. Car en comparaison de ces deux-là, même Trump passe pour un héraut de la lutte féministe.

À propos : quelle blague, que ce siège de l’Arabie saoudite à la Commission de la condition féminine des Nations unies ! Enfin, une blague… malheureusement, il n’y a rien de plus sérieux. Plus grave encore pour nous : la Belgique a donné son feu vert aux Saoudiens lors de ce scrutin pas si secret. Les bras m’en tombent : on donne à l’Arabie saoudite la voix au chapitre en matière de droits des femmes. C’est un peu comme si la Turquie donnait des leçons de démocratie ou comme si la Corée du nord présidait une assemblée de l’ONU sur le désarmement nucléaire. J’ai beau retourner ce choix dans tous les sens, je n’y vois absolument rien de sensé.

Il est vrai que les Nations unies ne sont pas l’OTAN ou l’UE. L’ONU n’est pas un club d’États aux intérêts convergents. Il s’agit du seul lieu au monde où des ennemis jurés prennent place pacifiquement autour d’une table et où, dans le meilleur des cas, dialoguent entre eux. Et telle est la position des vice-premiers ministres libéraux Didier Reynders et Alexander De Croo : mieux vaut rester autour d’une même table de négociations, car c’est la seule manière de mettre les Saoudiens face à leurs responsabilités. Sur le papier, l’argument se défend, mais en réalité, la Belgique n’aura jamais le courage de donner des leçons à un allié et partenaire commercial aussi riche que l’Arabie saoudite. Et quand bien même trouverions-nous ce courage, le seul dialogue possible serait un dialogue de sourds. Les Saoudiens n’entendent rien à nos principes d’égalité des genres, mais cela ne les empêchera pas de siéger dans ladite (grande ?) commission.

Ne nous leurrons pas. La position diplomatique de la Belgique dans ce dossier ne s’encombre pas de la question pourtant pertinente des droits de la femme. Tout ce qui importe, c’est la question – non moins pertinente – des milliards de dollars d’exportation et d’investissements dans nos pays. Et c’est bien pour cette raison que la crédibilité de la Belgique dans ses rapports avec l’Arabie saoudite se réduit comme une peau de chagrin.

Ironie du sort : ce vote s’est déroulé le jour même où Gwendolyn Rutten, présidente des libéraux flamands, a présenté son nouveau livre. Elle y plaide sans fard pour la fin des relations diplomatiques avec les Saoudiens : « Avec une dictature pareille, on ne fait pas d’affaires », écrit-elle. Sur du papier.

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(c) Laurent Bélanger

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Traducteur : Fabrice Claes
Auteur :
Date de publication : 27/04/2017