Le dossier Arco va-t-il faire tomber notre gouvernement?

20 octobre 2016 | Auteur : | Traducteur : Guillaume Deneufbourg | Temps de lecture : 2 minutes

Il faut bien voir la réalité en face : nous nous sommes trompés. Lorsque le MR a fait son entrée au fédéral comme seul parti francophone, la coalition a très vite été qualifiée de « kamikaze ». Mais aujourd’hui, ce ne sont pas les pilotes libéraux qui sont confrontés aux affres d’une mission suicidaire : les kamikazes sont du côté flamand.

Quel est donc leur problème ? Pourquoi chaque décision à prendre implique-t-elle inévitablement le risque de voir éclater un nouveau conflit ?  Dernier exemple en date : Arco, dont le potentiel explosif est considérable. Un dossier capable de faire tomber un gouvernement, à l’instar de BHV ou du survol de Bruxelles. Un dossier techniquement complexe, qui suscite beaucoup d’émotions, et dont certains ne ressortiront pas indemnes. Un dossier qui peut être fatal à un gouvernement à la dérive, comme celui de Michel 1er.

Pour rappel, le dossier Arco concerne plus de 800 000 épargnants du Mouvement ouvrier chrétien (ACW) qui se sont naïvement engagés dans un investissement à risque. Tout se passait bien, jusqu’à la chute de la banque Dexia, dont Arco était l’un des actionnaires. Cette débâcle fit perdre toutes leurs économies  à des dizaines de milliers d’épargnants et engendra un drame social sans précédent. Dans ce contexte, il est tout à fait logique et humain qu’un gouvernement souhaite tout faire pour leur venir en aide. Mais la question est de savoir si cette aide peut faire appel à la solidarité des caisses de l’État ­– et si oui, dans quelle mesure ? – ou si elle doit se limiter à celle du mouvement chrétien.

La contribution de ce dernier ne fait pas l’ombre d’un doute. Les contribuables n’ont pas à payer seuls les pots cassés des errements de la coopérative Arco. Mais ce mouvement doit-il assumer les erreurs de son bras financier au point d’être lui-même menacé d’asphyxie ? Oui, décrète la N-VA. Non, défend le CD&V, brandissant l’accord gouvernemental comme bouclier. Cette position des nationalistes flamands remonte au caractère viscéralement anti-CVP de la Volksunie. Pour le CD&V, il s’agit évidemment de protéger son arrière-ban.

Quelle que soit l’issue du dossier, il laissera des traces. Si la N-VA se voit contrainte d’accepter une contribution solidaire pour les victimes d’Arco (directement ou via la banque d’État Belfius), elle sera critiquée par ses partisans pour ce nouveau coup de pouce au statu quo belge.  Si le CD&V n’obtient que peu, voire pas du tout, d’aide étatique, il sera à nouveau accusé de délaisser ses électeurs de gauche.

Comme toujours, cette lutte d’influence s’opérera avec en toile de fond la volonté de tous les partis de la majorité de ne pas précipiter la chute du gouvernement. Mais peut-on vraiment encore compter sur la sagesse des partenaires de la coalition ? La défiance qu’ils éprouvent les uns pour les autres est telle qu’ils sont, encore dernièrement, restés suspendus une semaine entière au-dessus du vide pour finalement accoucher dans la précipitation d’une réforme fiscale bâclée.

 

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(c) Andibreit

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Traducteur : Guillaume Deneufbourg
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Date de publication : 17/10/2016
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