Le débarquement du burkini sur les plages flamandes

19 août 2016 | Auteur : | Traducteur : Anne Demortier | Temps de lecture : 2 minutes

Quand il pleut des folies à Paris, il bruine ici des bêtises. À l’instant où quelques maires de la Riviera française, traumatisés par l’horreur de Nice, ont accouché d’une inepte interdiction du burkini sur les plages, on pouvait se douter qu’ici aussi un politique se dresserait avec un même plan idiot et inutile. Le sort a voulu que cette obligation incombe à Nadia Sminate, parlementaire flamande représentant la N-VA.

Nadia Sminate (N-VA). Photo Vlaams Parlement

Nadia Sminate (N-VA). Photo Vlaams Parlement

Avant que ceux qui ont de l’écume au bord des lèvres ne disent que ce quotidien plaide pour les femmes en burkini : non, nous n’en voulons pas. L’égalité des droits et des libertés des hommes et des femmes est un acquis important de notre société séculière. Être contraint de porter un costume traditionnel met ce droit en péril. C’est comme cela et pas autrement. Point.

Il faut savoir ce que l’on veut. La contrainte, c’est quoi ? Voulons-nous défendre la liberté et l’égalité de chacun ou les réduire à la liberté de porter les vêtements que l’on considère souhaitables ? Et si l’on veut quand même faire de la discrimination, qui vise-t-on précisément ? Uniquement cette musulmane en burkini ? Ou aussi les femmes juives orthodoxes sur la plage et en rue ? Les religieuses ? Monsieur le curé qui veut aller sur la plage en habit ? Tout homme ou toute femme qui, pour une raison privée quelconque qui ne regarde en rien l’État, préfère aller à la plage habillé ?

Le problème de l’interdiction du burkini le voilà : il n’y a pas de problème. On n’a quasiment pas signalé de burkinis sur les plages de Flandre. Nous sommes face à un problème importé, qui nous vient tout droit d’un pays qui – et on le comprend – cherche à se relever d’un profond traumatisme. Mais en France non plus l’interdiction du burkini ne fera pas disparaître l’angoisse. Elle ne réduira pas le risque de terrorisme. Si seulement c’était aussi simple de reconnaître des terroristes au burkini de leur compagne.

Si seulement ce n’était qu’une idée stupide, on pourrait encore en rire. Mais c’est plus grave que cela, c’est une idée contreproductive. Elle ne libèrera aucune femme. Elle provoquera peut-être des « sceptiques » et les confortera dans leur doute qu’elles n’ont quand même pas leur place ici. L’idée sera mal utilisée dans la propagande des prédicateurs radicaux de la haine. Elle engendrera des risques, et leurs conséquences ne cadreront pas avec une photo de plage.

On peut espérer que la proposition de Sminate sera rapidement enterrée au cimetière bondé des tenues estivales frivoles. L’utilité politique du plan sera au moins d’avoir montré une nouvelle fois que ce pays compte trop de politiques et que ceux-ci tentent de masquer leur surabondance en usant d’une frénésie moralisatrice. N’était-ce pas Bart De Wever qui, il y a un an et demi, polémiquait avec éloquence dans ce journal, déclarant qu’en Belgique/Flandre « il y avait la moitié de politiques en trop » ? Cela se pourrait bien, apparemment.

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(cc) Bruno Sanchez-Andrade

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Traducteur : Anne Demortier
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Date de publication : 18/08/2016
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