Brexit : encore (très) loin du compte

30 octobre 2016 | Auteur : | Traducteur : Herve Voglaire Sanchez | Temps de lecture : 3 minutes

‘Welcome to the Hotel California. You can check out any time you like. But you can never leave…’ Eagles

Les mêmes activistes qui s’insurgent contre le CETA n’ont pourtant pas bronché pour défendre la souveraineté de l’Irlande.

Cette semaine, une minuscule région de 4 millions d’habitants a démontré pouvoir dynamiter un accord de libre change couvrant une population de 550 millions d’occidentaux. Le dirigeant de cette région a, quoi qu’il en soit, déjà réussi à s’ériger en Alexis Tsipras version Sambre-et-Meuse. Dans sa lutte contre l’abominable grand capital, Paul Magnette est disposé, si besoin est, à détruire la réputation de la Belgique en tant que terre d’ouverture, propice aux exportations et maîtresse dans l’art du compromis.

Dans le même temps, la débâcle autour du CETA façonne d’étonnantes alliances. De Marine le Pen à Paul de Grauwe, en passant par le PvdA et le Vlaams Belang, tous convergent : le CETA est une mauvaise idée. D’aucuns vont même jusqu’à penser qu’il serait préférable de ranger temporairement tous les accords commerciaux au placard. Dans ces conditions, quid de l’Union européenne elle-même ? Celle-ci n’est autre que le projet le plus ambitieux et poussé d’accord commercial de toute l’histoire européenne. Cette question nous mène au cœur du débat actuel : le pouvoir de décision, dans le cadre de négociations commerciales, revient-il à l’Union ou aux régions souveraines et aux États membres ?

La résistance collective face au CETA n’apporte pas de réponse claire à cette interrogation. Les opposants considèrent l’opposition wallonne comme une preuve courageuse de résistance souveraine face aux sirènes néolibérales européennes. Ils y voient un appel citoyen à se lever contre des élites qui mènent les négociations à l’écart, du haut de leur tour d’ivoire. Ces mêmes activistes n’ont pourtant pas bronché lorsque la souveraineté de l’Irlande a été mise à mal. Il y a quelques mois, quand la Commission a infligé une amende mirobolante de 14 milliards à Apple, la gauche réunie se félicitait de cette leçon de justice donnée par cette même Europe. La souveraineté fiscale d’un État membre spécifique n’avait alors, semble-t-il, aucune importance.

Lorsque les Britanniques se sont prononcés en faveur de leur propre souveraineté, par le biais d’un référendum, ils ont été lynchés sur la place publique. Tout le monde savait pertinemment que l’Europe, c’est bien, voyons ! Les Britanniques n’ont rien compris !

La conclusion douloureuse du feuilleton CETA est que les États membres sont capables, à eux seuls, d’enrayer des accords commerciaux. Allez-vous-en, maintenant, leur ôter cette compétence. De mauvais augure pour les négociations autour du Brexit.

À partir du moment où Londres invoque l’article 50, le pays dispose d’un délai précis de deux ans pour conclure un nouveau traité avec l’UE. Le volet commercial en constituera la pierre angulaire. Si, après deux ans, aucun accord n’est trouvé, le Royaume-Uni sera de facto exclu de l’UE. À moins que l’UE ne décide unanimement de jouer les prolongations.

Or, au cours des dernières semaines, nous avons pu constater le degré d’unanimité qui règne au sein de l’UE. Même un accord ayant fait l’objet de sept ans de négociations avec un pays aussi bienveillant et dépourvu d’ennemis que le Canada peut aisément se voir dynamiter. Qu’en sera-t-il du Royaume-Uni ? Bien des pays ont encore des comptes à régler avec Londres. Si même Michel Barnier, ex commissaire européen, a d’ores et déjà exigé que les négociations relatives au Brexit se déroulent en français, les Britanniques peuvent déjà observer l’orage se profiler à l’horizon.

En d’autres termes : invoquer l’article 50 a été synonyme de coup de grâce politique, économique et diplomatique pour le Royaume-Uni, deux ans plus tard exactement. Dans les méandres des négociations, le pays se fera plumé d’une manière ou d’une autre.

Là réside tout le paradoxe de la discussion autour du Brexit. Si tous les pays et toutes les régions venaient à revendiquer leur droit de s’asseoir à la table des négociations, le Royaume-Uni ne récupèrerait jamais sa souveraineté.  Pour reprendre les paroles de la célèbre chanson des Eagles à la sauce actuelle : vous pouvez poser vos valises dans l’UE, mais vous n’arriverez jamais à en sortir.

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Traducteur : Herve Voglaire Sanchez
Auteur :
Date de publication : 28/10/2016