Asile: quelle différence encore entre le régime de Orbán et les plans de Francken?

5 décembre 2016 | Auteur : | Traducteur : Anne Demortier | Temps de lecture : 2 minutes

Un billet acerbe du parlementaire Groen Kristof Calvo sur la politique du secrétaire d’État Theo Francken (N-VA) dans ce journal et une réaction tout aussi violente de Francken sur ces propos, et c’est à nouveau la politique d’asile qui se retrouve au centre du débat. Le drame de Calvo et Francken, tous deux fans de foot, semble dicté par leur passion commune. Le tackle a été violent et pas seulement sur la balle, mais toutefois pas aussi violent que ce que l’on aurait pu attendre de la part de l’opposition. Il fut un temps où les membres du gouvernement étaient qualifiés « d’enquiquineurs », voire de « Caligula ». Autres temps, autres hommes, dit-on.

Ce qui rend d’autant plus intéressant le cœur même de l’affaire : la politique. Le fait que Theo Francken veuille faire enfermer des familles en grand nombre est un cadrage, et cela ne colle pas. Pourtant les choses sont bien en train de changer. Cela n’a pas seulement frappé l’opposition, ou les ONG… L’un des partis du gouvernement, le CD&V, n’est pas non plus très à l’aise avec ça.

Tout le focus est mis sur la volonté d’empêcher l’arrivée de migrants.

Jusqu’ici, il semblait que Francken suivait deux pistes en même temps. Dans les faits, le secrétaire d’État s’en est strictement tenu à la politique gouvernementale, dans la ligne du courant centriste européen. Mais dans les mots, il a été plus violent, sur les médias sociaux et en dehors. Si l’on considère que la N-VA se voit obligée de servir un public qui pourrait être en partie séduit par l’extrême-droite, cette stratégie n’est même pas incompréhensible ou inutile.

Selon la lettre de politique du secrétaire d’État pour l’année à venir, ces deux lignes semblent se rapprocher davantage l’une de l’autre. Mais c’est risqué. Il n’est même pas nécessaire de parler d’enfermer ou non des familles. Nous voudrions croire Monsieur Francken, que cela restera une mesure exceptionnelle, ultime, et que le gouvernement s’en tiendra à cette promesse. Mais il reste suffisamment d’intentions de nous faire du souci.

Tout le focus est mis sur la volonté d’empêcher et de décourager l’arrivée de migrants. Un quart de la note du gouvernement porte sur la politique d’expulsion. La capacité d’accueil est démantelée. Dans ce journal, Mark Elchardus évoque aussi que le soutien à la Grèce pour renforcer les frontières de l’Europe et proposer un accueil dans la dignité est drastiquement réduit. Au moment où, au cœur de l’hiver, le chaos du découragement régit les camps indignes de l’Europe sur les îles grecques, le gouvernement belge veut accroître l’importance du problème en renvoyant là-bas les demandeurs d’asile. C’est à n’y rien comprendre.

Ou en d’autres termes : c’est à n’y rien comprendre de la part d’un cabinet de centre droit. Si le gouvernement dans son ensemble soutient ce plan de politique inflexible, il est pertinent de se demander quelle est encore la différence avec le régime de Viktor Orbán en Hongrie. Et si la discussion sur l’utilité d’un cordon sanitaire n’est pas simplement devenue hautement virtuelle.

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Traducteur : Anne Demortier
Auteur :
Date de publication : 03/12/2016
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