Alcool, tabac : la fausse liberté des citoyens

9 novembre 2016 | Auteur : | Traducteur : Sebastien Cano | Temps de lecture : 2 minutes

Les débats sur les plans anti-alcool et antitabac méritent mieux que les « chamailleries » entre deux partis de gouvernement (l’Open Vld et le CD&V) sur la compétence de la ministre la plus populaire du pays (Maggie De Block). Car on touche là à l’essentiel des rapports entre l’État et l’individu. La question est la suivante : jusqu’à quel point les pouvoirs publics peuvent-ils restreindre la liberté des citoyens à se nuire ? Ou encore : dans quelle mesure l’État peut-il intervenir pour lutter contre des comportements autorisés mais préjudiciables ?

Traditionnellement, les libéraux se rangent du côté de la liberté : les citoyens sont assez grands pour décider eux-mêmes de ce qui est bon pour eux. Dans le gouvernement précédent, l’Open Vld est ainsi parvenu avec succès à faire barrage à un plan anti-alcool musclé et, dans la formation actuelle, Maggie De Block s’emploie également à empêcher l’adoption de mesures radicales. Il en va de même pour le plan antitabac présenté aujourd’hui à la Chambre : on augmente légèrement les accises sur le tabac, on encourage les fumeurs à arrêter de fumer et… c’est à peu près tout. Les mesures énergiques se font toujours attendre.

La pensée libérale de « la liberté avant tout » paraît sympathique et progressiste. Ceux qui s’y opposent sont taxés de puritains et de peine-à-jouir. Mais cette opposition a-t-elle encore lieu d’être alors qu’il existe une profusion de preuves scientifiques démontrant l’impact négatif sur la santé du tabac, mais aussi de la consommation excessive d’alcool ? On peut certes polémiquer sur les coûts budgétaires, mais les coûts sociaux de l’abus d’alcool et de l’addiction au tabac sont indiscutablement colossaux. Malgré toute l’hypocrisie de la « guerre contre les drogues », aucun autre stupéfiant n’a d’impact aussi négatif sur la société que l’alcool.

Pour un gouvernement, il est donc irresponsable de continuer à pratiquer la politique du laissez-faire. L’échec de la lutte contre les stupéfiants démontre bien que leur interdiction est contreproductive. Les adultes qui souhaitent fumer ou boire doivent pouvoir continuer de le faire — de préférence avec modération. C’est une évidence. En revanche, l’augmentation de l’âge minimum (pour le tabac) et la limitation des points de vente (aussi bien pour le tabac que l’alcool) peuvent s’avérer efficaces pour mieux protéger les (jeunes) citoyens contre des risques pour la santé clairement établis.

Comme contre-argument, on continue d’avancer la notion de liberté. Curieusement, la « liberté » sert donc à présent à défendre le droit à l’addiction. Des cow-boys aux « hommes qui savent pourquoi », l’industrie de l’alcool et du tabac a déjà dépensé des milliards pour associer ses produits addictifs au concept de liberté.

Et c’est désormais cette fausse impression de liberté qui est défendue dans l’arène politique au nom du libéralisme.

Alors qu’il s’agit de la liberté des lobbies et non de celle des citoyens.

 

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Traducteur : Sebastien Cano
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Date de publication : 08/11/2016
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