Abattez le mur de Laeken, Sire!

9 février 2017 | Auteur : | Traducteur : Anne Demortier | Temps de lecture : 4 minutes

Groen dépose une proposition au Parlement bruxellois pour ouvrir au public le Domaine royal de Laeken. Le SP.A, l’Open VLD et la N-VA sont également favorables à cette idée. Chaque année, fidèlement, la journaliste de la VRT Kristien Bonneure visite les serres et les fleurs, et en espère davantage.

Au mois de mai, quand les Serres Royales referment leurs portes après trois semaines, on verrouille à nouveau le portail. Tout le reste de l’année, il faut se contenter de regarder les six kilomètres de mur qui entourent, sur trois mètres de haut, le domaine royal, avec ses fils de fer barbelés et ses caméras. Il arrive pourtant qu’un voyou escalade le mur ou qu’une voiture le percute et y fasse un trou.

Le mur serpente le long du Pavillon chinois et de la Tour japonaise. Si l’on fait du vélo le long du canal en direction de Vilvoorde, on ne voit rien, rien d’autre qu’un mur du pont de Laeken au pont Van Praet.

À un endroit précis, on peut apercevoir un petit bâtiment en ruine ressemblant à un pavillon, flanqué d’un vieux cèdre remarquable. On ne peut que deviner le vaste et merveilleux monde qui existe derrière le mur. On raconte que le roi fait son jogging dans sa cour entourée de murailles.

Au pas

Les simples mortels comme moi sont uniquement autorisés à pénétrer dans les serres. Je le fais pratiquement chaque année au printemps, ‘comme il faut’, en passant par la grille royale. C’est une agréable promenade qui longe des bouquets d’énormes hêtres rouges, véritables mâts du parc, et un très beau tilleul.

Les pelouses avec leurs fourrés et leurs narcisses nous font de l’œil, mais on ne peut Pas s’écarter des sentiers. Un agent est présent à chaque coin. Quand on rend visite au roi, il n’y a aucun moyen de s’égarer ou de faire intentionnellement fausse route. Il n’y a même pas de raccourcis comme chez Ikea.

Un million de litres de mazout

L’Orangerie est la partie la plus ancienne des serres, une folie datant d’avant la naissance de la Belgique, à l’initiative de Guillaume Ier, roi des Pays-Bas. La collection d’orangers, de mandariniers et de camélias est séculaire et célèbre dans le monde entier.

C’est naturellement Léopold II, le Bob le Bricoleur de la monarchie belge, qui fit construire le reste de la Ville de Verre, conçue par Alphonse Balat, maître de Victor Horta. Une cathédrale de verre et d’acier avec des coupoles, des chambres et des couloirs, qui reflétait à la perfection les palmiers et les fougères géantes qui y sont enracinés.

Les serres sont une bonbonnière végétale dans laquelle tout fleurit justement et ‘par hasard’ en avril et en mai. Un monde floral idéal sans feuilles séchées, ni moisissure, ni vermine.

On ne peut pas qualifier d’écologique cette folie de Léopold II. 800.000 litres de mazout par an sont nécessaires pour chauffer les serres, un million de litres en y ajoutant le château. 1.000.000 de litres de mazout ! Et enfin, enfin … des projets concrets voient aujourd’hui le jour pour récupérer la chaleur produite par l’incinérateur de Neder-over-Heembeek au profit de Laeken.

« Le plus beau et meilleur endroit de Bruxelles »

Depuis une dizaine d’années, la promenade de serre en serre conduit aussi le visiteur à l’extérieur, en plein air. On y contemple une vue comme il en existe peu à Bruxelles : un gazon brillant, au loin une colonne à moitié cassée et un jardin d’agrément avec terrasse, des arbres imposants, des étangs. En arrière-plan, l’horizon bruxellois, et un peu plus en avant-plan, la sombre Tour japonaise.

À la fin du 18e siècle, le gouverneur autrichien acheta ce morceau de terre « à l’endroit le plus beau et le mieux situé des environs de Bruxelles, où nous avons construit une maison et un beau jardin à l’anglaise », comme l’écrit son épouse dans ses mémoires. Son concepteur n’était autre que Lancelot ‘Capability’ Brown, l’inventeur des jardins paysagers à l’anglaise, qui travailla également aux Jardins botaniques royaux de Kew ou autour du Palais de Blenheim Palace, où Churchill vit le jour. Un visionnaire qui sut estimer à quoi ressembleraient les chênes et les étangs dix générations plus tard.

Jardins ouverts

Quelque accueillantes que puissent être les pentes herbeuses pour s’y dégourdir les jambes, les enfants et leurs parents ne peuvent que les regarder, trois malheureuses semaines par an. À quoi ressembleraient-elles en octobre ? Je tuerais pour le savoir. Ces dizaines de tons de rouge et de brun sont tout simplement à couper le souffle. J’ai entendu une fois une maman dire à ses enfants : « Regardez bien, on paie tous pour ça. »

Lorsque Vaclav Havel est devenu président de la Tchécoslovaquie en 1989, il a ouvert au public les jardins royaux entourant le Château de Prague. En Norvège, tout le monde est le bienvenu dans le Parc du Palais à Oslo. À l’occasion des 25 ans de règne de l’actuel roi, le parc a été réaménagé et revalorisé pour la communauté.

Ne serait-il pas temps de faire pareil avec le Domaine royal de Laeken ? J’y viendrais, pour ma part, de temps en temps, ou chaque week-end, lors d’une promenade guidée, mais aussi les après-midis ouverts où je pourrais courir sur les pentes et découvrir ces arbres majestueux dans tous les recoins du domaine. Il y a même une petite gare royale, imaginez que je puisse venir ici en train.

« Pour toujours, Pour tous »

Le Domaine royal de Laeken appartient à l’État – via la Régie des Bâtiments et la Donation Royale. Le Roi Philippe et la Reine Mathilde ont certes une famille nombreuse, mais le Domaine royal est vaste : un petit 200 hectares. Il y a suffisamment de place pour toute personne qui apprécie le calme et la tranquillité. On ne se marcherait pas sur les pieds.

L’organisme public britannique chargé de la gestion du patrimoine National Trust a pour devise : ‘For Ever, For Everyone’, qui signifie ‘Pour toujours, Pour tous’. Le National Trust gère d’ailleurs de nombreux domaines aristocratiques et les ouvre au public, même si les propriétaires y vivent toujours.

Les choses sont parfois aussi simples qu’un plus un égalent deux. Un si vaste poumon vert à Bruxelles, juste à côté de quartiers résidentiels très peuplés ? Tear down these walls, sire.

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Abbatez le mur de Laeken, Sire !

De Redactie

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Traducteur : Anne Demortier
Auteur :
Date de publication : 06/02/2017
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