Non, les musulmans n’ont pas le monopole de la violence à Anvers

3 juillet 2017 | Auteur : | Traducteur : Sebastien Cano | Temps de lecture : 2 minutes

Bart De Wever (N-VA) a raison. Dans un État de droit, c’est la police qui détient le monopole de la violence. Rien ne peut excuser les violences urbaines ou celles commises contre les services de l’ordre public. Pourtant, les chiffres indiquent une augmentation de ces dernières. Il est donc tout à fait justifié de tracer une ligne rouge.

Gardons-nous d’utiliser des termes qui minimisent la situation (« petits voyous », « échauffourées », etc.) et affirmons clairement qu’il ne peut y avoir aucune tolérance envers ceux qui tabassent des policiers (ou qui que ce soit, du reste). Lorsque, à Anvers, plusieurs épisodes de violences physiques contre des fonctionnaires se succèdent en peu de temps, il est compréhensible et opportun que le bourgmestre de la ville fasse ce que tout bourgmestre, quelle que soit sa couleur politique, ferait pour sa commune : prendre ouvertement parti pour ses agents.

Y a-t-il un « mais » ? Oui. Car monsieur De Wever associe les violences urbaines à répétition à une religion : l’islam. « Les violences contre les services de l’ordre sont un phénomène récurrent après le ramadan, mais à présent, cela dépasse les bornes. » Si c’est le cas, nous avons affaire à un problème social grave.

Mais est-ce bien le cas ? Existe-t-il des éléments prouvant que les musulmans sont violents à la fin du ramadan ? La semaine dernière encore, des policiers affirmaient que les violences s’intensifiaient « pendant » le ramadan. Il faudrait savoir…

Le bourgmestre est incapable de fournir des arguments factuels. Et notre rédaction n’a trouvé aucun chiffre venant appuyer le lien de cause à effet qu’il établit. Même au niveau international, impossible de trouver une confirmation immédiate. Il est déplorable que monsieur De Wever, pour le moment sans aucune preuve à l’appui, prenne la défense de son corps de police — totalement justifiée — en incriminant les musulmans au passage.

Qu’il s’agisse des musulmans qui auraient célébré les attentats de Bruxelles « en dansant », selon Jan Jambon, ou des violences que Bart De Wever associe au ramadan, lorsque le sujet touche à l’islam, la N-VA s’empresse de recourir à la tactique des « faits alternatifs ». On aura beau tenter de rétablir la vérité, il en restera toujours quelque chose. Une stratégie qui comporte donc des risques sociaux importants. Et qui est toujours doublement payante, car ceux qui cherchent à rétablir l’exactitude des faits sont aussitôt relégués dans le camp de ceux qui ne veulent pas voir les choses en face.

Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Les violences urbaines et celles commises contre les policiers doivent être condamnées. Et si elles sont le fait de jeunes d’origine étrangère, il faut oser le dire. Mais jusqu’à preuve du contraire, la violence n’a que très peu à voir avec la religion.

Dans l’esprit de certains citoyens, « musulman » est déjà devenu synonyme de « terroriste » ou de « criminel ». On est toutefois en droit d’attendre, de la part du bourgmestre de la plus grande ville de Flandre, qu’il s’abstienne de se livrer à ce genre d’amalgames fumeux.

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(c) Peter Hershey

De Morgen

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Traducteur : Sebastien Cano
Auteur :
Date de publication : 30/06/2017