N-VA: entre effets d’annonce et idées creuses

16 mars 2017 | Auteur : | Traducteur : Fabrice Claes | Temps de lecture : 2 minutes

La pratique serait devenue systématique. On commence par crier sur tous les toits. Interdisons le burkini. Limitons la liberté d’expression. Limitons la liberté de culte. Limitons la liberté d’association. Supprimons Unia. Et mettons fin à la double nationalité.

Le but ne serait donc pas de faire ce que l’on dit, mais de faire réagir. C’est l’indignation suscitée par de tels propos qui lie et qui attire la base électorale des partis populistes. Telle est la recette du succès d’un Geert Wilders ou d’un Donald Trump.

Peut-être serait-il temps d’arrêter de tout commenter sans cesse. En effet, la plupart des idées lancées n’atterrissent même pas au Parlement, donc pourquoi s’exciter ?

Donc, ne parlons pas de la vision à la petite semaine de la députée Sarah Smeyers qui, au nom de la N-VA, imagine un avenir dans lequel des enfants nés et élevés en Belgique mais de parents non belges devront passer un examen à l’âge de dix-huit ans pour savoir s’ils auront le droit d’être vraiment belges. Taisons-nous.

Ne parlons pas du caractère fallacieux de la comparaison qu’a faite la N-VA avec les Pays-Bas, qui disposeraient soi-disant d’un tel système. En effet, les Pays-Bas ne font passer un examen d’intégration qu’en cas de naturalisation. Mais taisons-nous.

Ne parlons pas du fait que cette nouvelle idée de la N-VA va encore plus loin que celle du fameux plan en septante points développé à l’époque par le Vlaams Blok. Pour rappel, le point 25 disait : « Le Vlaams Blok veut que la nationalité ne puisse être accordée qu’à ceux qui sont nés d’au moins un parent qui dispose déjà de notre nationalité. » Pour la N-VA, même un seul parent ne suffit pas. Mais taisons-nous.

Ne parlons pas du fait que cette proposition ne permet absolument pas de régler le problème réel qui se pose, à savoir l’exportation de conflits politiques étrangers dans notre pays. Taisons-nous.

Ne parlons pas du fait que ce parti, petit à petit, se focalise jusqu’à l’obsession sur les citoyens d’origine étrangère, transformant de ce fait un nationalisme démocratique en un nationalisme purement exclusif. Taisons-nous.

Tout ce que nous aimerions dire, c’est que notre droit consacre l’irresponsabilité des représentants du peuple. En d’autres termes, ils sont libres de dire et de proposer tout ce qu’ils veulent, sans devoir en répondre. Il s’agit d’un privilège formidable, du joyau de la couronne de notre État de droit parlementaire. Nous défendrons ce droit envers et contre tout. Tout au plus, nous déplorerons tranquillement que certains se servent de ce noble privilège pour débiter sans cesse des idées creuses que leurs centres d’études n’ont même pas analysées et qui devront être, une fois de plus, « nuancées » le soir même.

Mais nous nous taisons, et nous nous réjouissons de vivre dans un État de droit protégé par sa Constitution libérale et par ses institutions. Pourvu que ça dure.

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Traducteur : Fabrice Claes
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Date de publication : 15/03/2017
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