Le médiateur : un nouvel homme d’État?

31 mars 2017 | Auteur : | Traducteur : Fabrice Claes | Temps de lecture : 3 minutes

Pour la deuxième fois en un mois seulement, un médiateur externe provoque un tournant décisif dans un dossier ultrasensible. Après la résolution du tracé du ring anversois, c’est le problème de l’abattage sans étourdissement qui trouve enfin une issue. Dans ces deux dossiers, c’est un non-politique qui a réussi à trancher le nœud gordien formé par le monde politique. Le médiateur, un nouvel homme d’État ? Pour le professeur Filip De Rynck de l’Université de Gand (UGent), le gouvernement devrait recourir bien plus souvent à cette solution.

« Avant de me mettre à la tâche, nombreux furent ceux qui m’ont demandé pourquoi je me lançais dans pareille entreprise. Pourtant, comme vous pouvez le constater, la méthode du médiateur porte ses fruits. » Piet Vanthemsche, ex-président du Boerenbond, n’est pas peu fier. Cela faisait quatre ans que les discussions sur l’abattage sans étourdissement s’enlisaient. Jusqu’à ce qu’un médiateur externe vienne tout régler.

L’événement fut encore plus remarquable dans le cas du professeur Alexander D’Hooghe, le médiateur appelé à résoudre l’encore plus épineux dossier du ring anversois il y a moins de deux semaines. Sans tambour ni trompette, il avait réuni les belligérants autour de la table des négociations, posant ainsi les jalons d’un accord historique. M. D’Hooghe a alors laissé entendre que son approche était réitérable dans le cas d’autres questions complexes. Dans les deux cas, des médiateurs ont réussi là où le politique a échoué pendant des années. Mais les politiques ne sont-ils pas élus et payés pour résoudre les problèmes ?

Ce qui pose le plus de problèmes dans ce genre de dossiers controversés, c’est que chacun tire la couverture à soi. Et c’est ce qui s’est passé hier, une fois de plus : alors que les partis politiques ont dû recourir à un médiateur, ils se sont tous rués sur le podium pour récolter les lauriers d’une victoire qui n’est pas la leur.

Le CD&V s’est immédiatement vanté d’avoir eu l’idée d’engager un conciliateur. La N-VA, elle, a crié sur tous les toits que « Le changement, ça maaaaaarche ! » Et la présidente de l’Open VLD, Gwendolyn Rutten, a tweeté la proposition du médiateur « avec les salutations de l’Open VLD ».

Cela ne surprend pas Vanthemsche : « Les discussions politiques se polarisent rapidement, et tout le monde veut marquer des points. Tandis que nous, nous pouvons mener des analyses en profondeur, loin de l’agitation du quotidien. »

Et comme les partis n’arrêtent pas de démonter les solutions des autres par pure stratégie politicienne, l’idée d’un médiateur s’avère idéale, selon le professeur de gestion Wouter Van Dooren, de l’Université d’Anvers (UA). « La grande confiance que placent les politiques dans le travail des médiateurs explique en grande partie leur réussite. »

Le ministre flamand des Travaux publics et du Bien-être animal, Ben Weyts (N-VA), a eu la bonne idée de recourir deux fois à cette méthode. Pour le dossier du tracé du ring anversois, il a fait appel à une personnalité neutre de Bruxelles. Et pour l’interdiction de l’abattage sans étourdissement, c’est lui qui a proposé de faire appel, à la demande du CD&V entre autres, à une figure du Boerenbond : Piet Vanthemsche. Celui-ci, étiqueté CD&V, a donc pu faire changer d’avis les démocrates-chrétiens. « Dans les deux cas, les partis étaient dans les tranchées. Il était donc nécessaire pour le politique de faire une pause et de masser les belligérants », explique Ben Weyts.

Cependant, le ministre ne prétend pas que le recours à des médiateurs constitue la panacée. Logique, car cela reviendrait à dire que le politique est impuissant. « Il s’agit de deux beaux exemples de dossiers dans lesquels les autorités politiques, conscientes du caractère désespéré de la situation, recourent à une aide extérieure », constate Filip De Rynck, professeur de gestion à l’Université de Gand (UGent). « Voilà de quoi rappeler à ce système politique vieillissant qu’il va falloir être à la hauteur de la démocratisation des débats. »

Des médiateurs bien rémunérés

Est-ce un drame pour autant ? Pas pour les experts. Wouter Van Dooren : « Les partis politiques doivent garder le doigt sur la détente, mais il faut aussi qu’ils dégagent des solutions. Il y a trente ans, les médiateurs travaillaient dans l’ombre des cabinets ministériels. Je préfère qu’ils jouent leur rôle en toute transparence, comme aujourd’hui. »

Soulignons toutefois que M. Vanthemsche et M. D’Hooghe ont été grassement rémunérés pour leur travail. Le professeur De Rynck n’y voit pourtant pas d’inconvénient : « La société devient plus exigeante et plus complexe, ce qui demande des négociateurs de meilleure qualité. De ce fait, le gouvernement serait bien inspiré d’investir davantage dans ce genre de négociations professionnelles. »

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Traducteur : Fabrice Claes
Auteur :
Date de publication : 30/03/2017