La Flandre ne tire pas les leçons de Zaventem

16 juin 2016 | Auteur : | Traducteur : Thomas Lecloux | Temps de lecture : 3 minutes

L’aéroport de Deurne (Anvers) devient une réplique de celui de Zaventem. Le gouvernement flamand semble gérer ce dossier dans un chaos aussi fracassant que l’État belge.

Il y a quelques jours, le gouvernement bruxellois a entamé une procédure en justice contre le gouvernement fédéral concernant les routes aériennes et l’aéroport de Zaventem. L’interminable bisbille autour de notre aéroport national est, au même titre que celle autour de la SNCB, un des nombreux dossiers fédéraux montrant qu’une vision et une politique commune au niveau belge sont illusoires. Cette procession d’Echternach fédérale est utilisée comme argument pour attribuer aux régions un maximum de compétences, et si possible homogènes. Malheureusement, il semble que la Flandre tire peu d’enseignements des échecs belges. Au contraire, comme dans le cas de l’aéroport flamand de Deurne, le gouvernement flamand et la ville d’Anvers semblent déterminés à se créer un dossier catastrophe qui n’a rien à envier à l’imbroglio fédéral.

Tout le monde sait depuis des années que la situation autour de l’aéroport de Zaventem est complètement gangrénée par une politique aéroportuaire d’expansion, avec des vols de nuit à quelques kilomètres de la Grand Place de Bruxelles, dans une zone où les projets d’habitation surgissent les uns après les autres. Personne ne sait comment dénouer l’affaire, si ce n’est en réduisant l’activité de l’aéroport, à commencer par les vols de nuit. La situation de l’aéroport contribue à l’exode urbain, à de nombreux problèmes de santé et à la perte de confiance en des autorités politiques à la dérive.

Apparemment, à Anvers et au niveau flamand, on trouve tout cela du meilleur effet. Car depuis quelques années, tout est mis en œuvre pour créer un dossier Zaventem bis à Anvers. En 2013, l’exploitation de l’aéroport en perte a été cédée au concessionnaire privé Egis, avec un manager de haut niveau pour gérer l’entreprise. Mais c’est toujours le contribuable flamand qui paie tous les frais d’infrastructures, comme l’allongement de la piste de décollage terminé il y a peu. Bien que ce contribuable ait déjà investi dans la ligne Diabolo qui relie Anvers à l’aéroport national, Egis mise désormais aussi sur les vols touristiques low cost, en concurrence avec Zaventem. On attire à Deurne des compagnies comme Jetairfly. Des avions de passagers plus lourds font leur apparition et décollent dans un vacarme assourdissant au-dessus de la commune densément peuplée de Berchem. Et des vols de nuit sont même apparus subrepticement : ils décollent à six heures trente, alors que la réglementation européenne stipule que la nuit ne se termine qu’à sept heures.

La ville d’Anvers n’a donc pas laissé filé l’opportunité de se créer son dossier catastrophe à elle. Ce qu’ils ont à Bruxelles, Anvers le veut aussi. Juste au-dessous de la trajectoire de décollage des avions, on a construit un nouveau quartier urbain en y attirant les habitants par la promesse d’un environnement calme aux abords de la ville. Peu à peu, on constate que « l’aéroport d’affaires » est soutenu par le gouvernement flamand pour se déployer en un aéroport touristique à part entière. Car de fait, comment une ville peut-elle apparaître sérieuse si elle n’entend de temps à autre un Boeing déferler au-dessus de ses toits ?

Pour surtout ne rien avoir à envier à Zaventem, on en a même copié minutieusement les manquements : pas de stations de mesure pour évaluer les problèmes de bruit, pas de plan d’action contre la pollution sonore, etc. Ce que la Flandre fait elle-même, elle le fait mieux, paraît-il. Comme à Bruxelles, on voit désormais apparaître un peu partout à Berchem des affiches aux fenêtres des habitants exaspérés. On est en train de créer tout à fait consciemment un véritable nœud gordien pour les législatures à venir. Le gouvernement flamand et la ville d’Anvers ont-ils donc peur de tomber dans un trou noir existentiel si le problème de la liaison Oosterweel et du recouvrement du ring d’Anvers finit par être sous contrôle ?

Ce n’est pas non plus un hasard si des partis comme le PTB sautent sur ce type de dossiers pour se positionner. Malheureusement, les partis traditionnels s’échinent à démontrer qu’ils font peu de cas d’une vision globale et de la situation de vie des habitants. Et que dans le cas présent, ils forment plutôt une partie du problème que de la solution. Quand les gens voient les pouvoirs publics gouverner contre eux de la sorte, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’ils se tournent de plus en plus vers des partis plus extrêmes, comme on l’a vu récemment en Autriche. Hélas, comme dans le cas des aéroports régionaux, le transfert de compétences à la Flandre ne semble aucunement garantir une politique qui apporte plus de confiance à la population que le chaos fracassant de l’État belge.

>> Relisez : Aéroport de Deurne: la limite est proche

(cc) pixabay

Doorbraak

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Traducteur : Thomas Lecloux
Auteur :
Date de publication : 12/06/2016
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