«De Wereld Morgen» n’a pas de leçons à donner à la presse

12 mars 2016 | Auteur : | Traducteur : Caroline Coppens | Temps de lecture : 3 minutes

De Wereld Morgen lançait à la presse un « appel à responsabilité » en publiant un article intitulé Chers journalistes, et si vous faisiez votre boulot ? (traduit par DaarDaar le 3 mars). Le Doorbraak y réagit.

De Wereld Morgen se plaint de l’excès de démagogie dont la presse régulière fait preuve et de sa tendance à masquer les discriminations et la violence à l’égard des musulmans. Cette critique, le site Web l’appuie notamment sur les derniers chiffres d’Unia, l’ancien Centre pour l’égalité des chances. Il appelle à une étude plus approfondie des « faits » qui sont rapportés mais qui ne sont peut-être pas vrais.

Unia s’inquiète du « doublement du nombre de crimes haineux à l’égard des musulmans ». Entre 2010 et 2015, le nombre de plaintes concernant des crimes haineux a bondi de 185 à 330 (+78 %). 93 % de ces dossiers concernent l’islam. La nouvelle directrice d’Unia, Els Keytsman, profite de sa première apparition publique pour passer un savon au secrétaire d’État aux migrations Theo Francken, son opposant dans son ancienne fonction chez Vluchtelingenwerk Vlaanderen. Francken promouvrait un climat d’islamophobie. Un parti pris pour le moins très indépendant et peu rancunier à l’égard d’un secrétaire d’État qui poursuit gentiment la politique de son prédécesseur Maggie De Block et qui récolte pour cela les éloges du monde politique, tous bords confondus.

L’appel du Wereld Morgen n’est pas sérieux et ne s’appuie pas non plus sur une analyse préalable sérieuse. Alors que le site en appelle à une telle analyse.

  1. Les chiffres d’Unia ne concernent pas le nombre de crimes haineux mais le nombre de plaintes concernant de tels crimes. En moyenne, deux tiers de toutes les plaintes sont jugés infondées par le Centre pour l’égalité des chances lui-même. Dans son communiqué, Unia ne précise pas cette année combien de plaintes ont été jugées infondées. De Wereld Morgen ne pose aucune question à ce propos.
  2. L’identité des déposants de ces plaintes n’est pas claire. Peut-être certaines plaintes ont-elles été déposées par des musulmans à l’égard d’autres musulmans (sunnites contre chiites). L’examen de la provenance des plaintes pourrait donner une image différente.
  3. Pour donner une image correcte, ces « crimes haineux » à l’égard des musulmans devraient être comparés aux « crimes haineux » perpétrés par des musulmans à l’égard d’autres groupes religieux. Or, De Wereld Morgen s’abstient explicitement de le faire. Tout comme Unia.

Le nombre de mosquées salafistes connues qui appellent chaque semaine à la discrimination des femmes, des homosexuels, des juifs et des infidèles a doublé en quinze ans. On en dénombre déjà trente à ce jour. Sur internet également, on trouve de nombreux appels à la haine émanant de musulmans. Que fait Unia pour les contrer ? Unia collabore-t-elle avec la sûreté de l’État pour empêcher ces crimes haineux ? Si oui : de quelle manière ? Si non : pourquoi cette collaboration est-elle inexistante ? Les campagnes de haine diffusées par le salafisme revêtent-elles donc moins d’importance que les déclarations de Theo Francken ? Tout semble l’indiquer puisqu’à ma connaissance, Unia n’a pas encore eu la moindre réaction à l’encontre de ces mosquées salafistes.

  1. Une étude scientifique sérieuse (Steven Pinker dans son magnum opus Les bons anges de notre nature) révèle que la violence et la discrimination de groupes ont baissé de façon spectaculaire en Europe occidentale au cours des vingt dernières années. Pinker montre également que cette baisse est moins sensible chez les personnes issues de pays islamiques. Le chercheur jette donc un autre jour sur ces “crimes haineux à l’égard des musulmans”. Son étude historique s’arrête toutefois en 2011, soit avant la création de Daesh. Apparemment, cette étude n’est pas connue d’Unia ou du Wereld Morgen.
  2. En 2010 déjà, Unia avait formulé exactement la même affirmation à propos des crimes haineux et de la violence à l’égard des musulmans. À en croire Unia, l’islamophobie et le racisme ne cessent d’augmenter en Belgique. L’organisation ne semble pas se rendre compte qu’elle illustre ainsi sa propre inutilité. Si le racisme n’a fait qu’augmenter depuis la création d’Unia et de ses prédécesseurs, ils ont échoué dans leur mission.
  3. La presse doit présenter et commenter les faits correctement, et elle peut également mener des campagnes. Mais elle ne peut pas mélanger les deux approches. L’appel du Wereld Morgen à une plus grande profondeur de la part de la presse est fondé. Mais pas pour les raisons avancées par le site. Et cet appel lui-même n’est pas un exemple de journalisme approfondi non plus. C’est davantage un appel à la censure.

(c) Andrys Stienstra

Doorbraak

Doorbraak est un Pure Player très proche du Mouvement Flamand (VVB) édité par l'ASBL Stem in 't Kapittel.

Traducteur : Caroline Coppens
Auteur :
Date de publication : 25/02/2016
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