Ceci n’est pas un fait divers

5 septembre 2016 | Auteur : | Traducteur : Guillaume Deneufbourg | Temps de lecture : 2 minutes

Ce billet aurait pu vous parler de la réforme tant attendue des carrières dans l’enseignement en Flandre. C’est un sujet d’actualité important, et j’espère que ce débat aboutira prochainement à un accord.

Ce billet aurait également pu aborder le souhait de Rudi Vervoort, ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale, de voir les Flamands de la VUB et les francophones de l’ULB collaborer plus étroitement au sein d’une alliance qui dépasserait les frontières communautaires arrêtées par décret. Un autre sujet d’actualité digne d’intérêt, car susceptible de dénouer pas mal de  blocages dans la capitale.

Ce billet aurait pu évoquer l’avenir de notre gouvernement, morcelé par la méfiance au plus profond de lui-même.

En dépit de cette actualité, dont je ne cite que quelques exemples, ce billet vous parle de ce que certains osent appeler, de façon fort inopportune, un « fait divers ». La mort d’un garçon de 19 ans. Un garçon dont le corps a été retrouvé sans vie dans une tente sur le domaine  provincial de Blaarmeersen, à proximité de Gand. Seul. Sans abri, à l’exception de ce bout de toile. Ce billet vous parle de Jordy.

D’après ce que nous savons de lui, sa vie est d’une incommensurable tristesse. Enfant passé par de nombreuses institutions sociales, il souffrait probablement de troubles psychologiques. Il était livré à lui-même depuis sa majorité. Il avait été interpellé une fois pour avoir volé un briquet. Un peu comme si le sort avait décidé, voici 19 ans, que ce garçon finirait ses jours dans un caniveau.

La question est de savoir si nous – la société – n’aurions pas pu faire quelque chose pour sauver ce garçon qui ne fêtera jamais son vingtième anniversaire. La réponse est nécessairement affirmative.

Comme Jordy, des centaines de jeunes, une fois majeurs, échappent aux services d’aide à la jeunesse. Parfois, cela se passe bien, et parfois, c’est un effroyable fiasco. Ceux qui en expriment le souhait peuvent bénéficier d’un accompagnement prolongé. Jordy n’en faisait visiblement pas partie. Il devait avoir ses raisons. Il a donc essayé de se débrouiller. Il aura à peine tenu un an. Sur le plan administratif, aucune « faute » démontrable n’a été commise. Mais cette justification n’a rien d’un apaisement. Socialement, c’est un échec patent.

Pour éviter que d’autres ne connaissent pareille destinée, il nous faut repenser la notion même de bien-être. Le sort de ces personnes dans le besoin ne peut dépendre de quelques dispositions décrétales régissant l’accès aux centres d’aide sociale. Il faut leur prévoir un système d’assistance moins rigide et moins formel, sans condition.

Vous craignez un système trop soft ? Et la mort de ce garçon de 19 ans, abandonné en pleine errance par la société, vous trouvez ça soft ? En cherchant un « autre » système d’aide, nous pourrions au moins donner un sens à cette mort inutile.

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Traducteur : Guillaume Deneufbourg
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Date de publication : 02/09/2016
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