Kris Peeters candidat à Anvers: un vrai danger pour Bart De Wever

21 novembre 2016 | Auteur : | Traducteur : Guillaume Deneufbourg | Temps de lecture : 3 minutes

La décision du vice-premier ministre (CD&V) de déménager dans la métropole flamande pour y briguer le mayorat constitue avant tout un danger pour le bourgmestre Bart de Wever (N-VA) et le gouvernement Michel. Tel est l’avis du politologue Carl Devos.

Kris Peeters qui quitte la commune de Puurs pour Anvers, cela n’a rien d’une surprise. Carl Devos : « il est même étonnant qu’il n’en ait jamais été question plus tôt ! À Puurs, sa marge de manœuvre est limitée, puisque son parti y jouit déjà d’une forte assise, avec la présence du bourgmestre Koen Van den Heuvel. Tandis qu’à Anvers, à un jet de pierre de là, le parti est dépourvu de véritable figure de proue. Un choix logique, donc.

Mais un choix qui n’est pas sans risque. Les élus politiques qui déménagent à des fins électorales ne rencontrent pas toujours le succès escompté, loin s’en faut. Pensons à Annemie Turtelboom (Open Vld), arrivée à Anvers en 2002 pour les élections communales. Elle devait donner un nouvel élan à une section Open Vld moribonde dans la commune, mais elle n’y est pas parvenue. Pire, les libéraux en ressortirent d’autant plus décimés et ne conservèrent finalement que deux conseillers communaux. Autre exemple : l’ancien ministre-président Luc Van den Brande (CD&V), qui avait déménagé en 2000 de Bonheiden à Malines : il fera le trajet en sens inverse quelques semaines plus tard.

Mais dans le cas de Kris Peeters, le risque est modéré, tempère Devos. « Il est clair que s’il n’arrive pas à faire mieux que les cinq sièges que compte actuellement son parti au conseil communal, ce sera pour lui un déshonneur. On s’attend d’un vice-premier ministre qu’il s’impose avec panache. Mais déboulonner Bart De Wever (N-VA) de l’Hôtel de Ville relève d’un espoir irréaliste, et je ne le jugerais pas sur cet objectif. »

« À vrai dire, il est logique d’être battu par Bart De Wever à Anvers : le chef de file des nationalistes flamands peut non seulement compter sur son statut de bourgmestre en place, mais il demeure de très loin la figure politique la plus populaire dans la plus grande ville de Flandre. » Pour Devos, c’est un peu comme un club belge qui serait amené à affronter l’un des ténors du football européen en Champions League : notre équipe aura beau faire le match de sa vie, elle rentrera toujours bredouille de Barcelone ou de Munich, quand bien même est-ce avec les honneurs.

« Pour De Wever, le risque est en revanche bien réel : il dispose actuellement d’une coalition de rêve et n’a quasiment aucune concurrence face à lui dans la métropole. S’y voir tenir la dragée haute par Peeters s’assimilerait donc un mauvais signal. Dans un tel cas de figure, le CD&V porterait un rude coup à la N-VA, car De Wever est et reste le leader incontesté de son parti, alors qu’au CD&V, Peeters n’est pas le seul cacique et peut compter, par exemple, sur des personnalités comme Wouter Beke. »

Peeters ne doit d’ailleurs pas enfiler directement l’écharpe mayorale pour se voir confier les clés de l’Hôtel de Ville : s’il y renforce la position de son parti en grappillant des sièges N-VA, il pourrait jouer le rôle de « faiseur de roi » et décider de former une coalition de gauche ou de droite.

Quid de Michel ?

Si l’arrivée de Kris Peeters à Anvers est évidemment une nouvelle de taille à l’échelon de la commune, il ne faut pas non plus en sous-estimer les conséquences au fédéral : « Peeters, vice-premier CD&V, se mue en concurrent direct du président de la N-VA et ce, dans un contexte de tensions extrêmes entre les deux partis flamands. »  Carl Devos se demande donc dans quelle mesure le gouvernement Michel est encore capable de supporter une quelconque exacerbation des tensions et des divisions internes.

« La N-VA ne fait déjà pratiquement aucune concession à Peeters, et il semble évident que De Wever et ses ouailles ne seront pas enclins à le laisser se démarquer de quelque façon que ce soit : tout succès politique attribuable à Peeters nuira désormais au rayonnement de De Wever. Et la cote du président est cruciale pour celle de son parti. »

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Traducteur : Guillaume Deneufbourg
Auteur :
Date de publication : 18/11/2016